II L’attaque de Karl
Je dois aussi admettre que, plus tard, avec d’avantages de connaissances historiques, je me suis rendu compte que le communisme provenait de situations sociales désastreuses favorisées par des grands patrons qui avaient du mal à renoncer à l’Ancien Régime, et que dans l’idée de départ, à savoir une parfaite égalité entre les hommes et une répartition optimale des richesses en fonction des besoins de chacun, le communisme n’était pas si mauvais que ça.
Mais dans l’idée de départ seulement !!! Parce que dès que papi Karl Marx à commencer à écrire « Le Capital », ça a commencé à foirer. Les aspirations de justice sociale et de bien-être général sans exploitation de l’homme par l’homme sont devenues des théories fumeuses provoquant la jalousie, la frustration et donnant des lettres de noblesse à une révolution anarchique autant dans ses objectifs que dans la violence qu’elle invoque. A partir du moment où on a dit aux ouvriers et aux travailleurs que l’envie de tuer son patron était normale, compréhensible et que c’était d’ailleurs une évolution souhaitable dans la civilisation, on a irrémédiablement pourri le climat social. Il ne faut pas chercher plus loin sur la matière première du mauvais climat social. D’accord, si les castes dirigeantes s’étaient moins enrichis sur le dos des travailleurs et avaient été moins cons, on n’en serait pas là mais de la juste revendication syndicale et sociale, qui met le nez des patrons dans la bouse qu’ils provoquent, à la justification philosophico politico socio économique de leur neutralisation par la violence et le meurtre, il y a un pas, minuscule visiblement pour Marx, Lénine, Staline ou Besancenot mais gigantesque pour la civilisation humaine dans sa course vers la rétrogradation à l’état primaire !
Dictature du prolétariat… On peut difficilement imaginer un concept qui soit à la fois plus vide de sens et plus lourd en connotations que celui de « Dictature du prolétariat ». Ce concept, énoncé comme tel, atteste et confirme qu’il existe donc une basse classe de population, un tas d’humains hermétiquement emprisonnés dans les profondeurs de « l’échelle sociale » (concept qui est en fait assez fumeux, lui aussi). Généralement, ce tas d’humains est pauvre, très peu éduqué, mais il est foncièrement honnête, bon, travailleur acharné et responsable, diamétralement opposé à l’ambition, à la cupidité, ne rêve que de justice sociale et d’égalité. Ils sont surtout hyper exploités par des classes supérieures riches, très (machiavéliquement) éduquées, cupides, avides de pouvoir, ne vivant que pour écraser autrui, ne foutant rien et prenant un plaisir malsain à maintenir les basses classes dans un esclavage masqué mais implacable.
Cette conception de la société est désepérante et elle interdit toute individualité. Tant que vous faites un travail peu reluisant, que vous n’avez pas de pouvoir et que vous n’êtes pas très bien payés, vous faites partie du « prolétariat ». Si vous avez du pouvoir et que vous êtes bien payés, ne cherchez plus, vous faites partie du « patronat ». Qu’importe qu’après votre travail peu reluisant et mal payé, vous aimiez lire Shakespeare en sirotant un bon vin ou que vous fassiez partie d’un groupe de chimiste amateurs. Qu’importe qu’après avoir exercé une fois de plus votre pouvoir honteux, vous aimiez mettre les doigts dans le cambouis de votre moto ou dans les vers de terre de votre potager. Les deux classes sont opposées de façon définitive, à tel point que le seul avenir de la société réside dans une révolution dans laquelle le prolétariat deviendra une association d’assassins et le patronat une association de victimes persécutées. Joli programme ! Marx a du oublier de se relire ! Il n’envisage absolument pas qu’un «prolétaire » sans richesse familiale et sans éducation puisse se hisser, par la force de son travail et de ses qualités personnelles, aux fonctions de chef d’entreprise ou de cadre supérieur. De même, il n’envisage pas qu’un jeune homme né dans une famille riche et bourgeoise trouve son épanouissement dans un travail manuel, sans ampleur et sans responsabilités.
Le pauvre Louis XVI, par exemple, a été propulsé à un poste de monarque « patron », où il fallait être visionnaire politique, stratège militaire et décideur jusqu’à la cruauté (en gros comme son aïeul le XIVème, archétype du genre) alors qu’il aimait pousser la charrue et faire des travaux de serrurerie. On connaît le résultat. Inversement, les maréchaux de Napoléon, pour la plupart, ont commencé leur carrière militaire comme simples soldats « prolétaires » dans les armées du roi, génétiquement interdits de haut commandements et ont gravi les échelons de la hiérarchie militaire grâce aux mêmes qualités qui leur ont fait vaincre les troupes d’élite des empires européens et ridiculiser sur le terrain le « patronat » militaire européen.
Au fond, l'oncle Karl n’est pas plus coupable que les légions d’êtres humains qui ont considéré que la société était divisée en castes imperméables. Ce type de société existe partout à travers le monde. La condition des « intouchables » en Inde fait régulièrement l’indignation des sociétés occidentales. Par contre, Karl Marx vit et conçoit ses idées au XIXème siècle, après l’indépendance américaine, après la révolution française et aux alentours de la guerre de sécession américaine et des abolitions successives de l’esclavage dans la plupart des pays occidentaux, autant d’évènements qui ont pour objet, direct ou indirect, la condition de l’être humain dans une société moderne. Les « révolutions » américaines et françaises ont comme moteur principal la liberté et l’égalité des êtres humains. Elles énoncent des droits fondamentaux qui mettent tous les hommes sur un pied d’égalité et relèguent les fameuses « classes sociales » à de simples occupations professionnelles.
Karl Marx et ses idées représentent donc une franche régression de la pensée humaniste, plutôt qu’une évolution naturelle de la société, comme certains voudraient nous le faire croire. L’imperméabilité des classes devait être combattue en montrant les bienfaits de la reconnaissance des qualités individuelles de chacun au détriment de la famille et de la fortune, plutôt que d’être exacerbée en insistant sur « la lutte des classes » qui devait déboucher sur la « dictature du prolétariat ».
La deuxième idiotie de ce concept nullissime, c’est la dictature. C’est à dire l’exercice tyrannique du pouvoir par un homme ou un groupe d’hommes idéologiquement très dangereux et préférant discuter avec des cadavres plutôt qu’avec une saine opposition politique. Notre ami Karl Marx prône l’un des systèmes de gouvernements les plus dangereux qui soient pour l’être humain. On ne peut pas trop lui en vouloir, à Karl. La dictature, le pouvoir autoritaire, c’est à peu près les seuls modes de gouvernement qu’il connaît et qui fonctionnent en Europe à son époque. Et on peut comprendre, à la lumière de l’histoire sociale de l’Europe qu’il veuille mettre un terme à l’exploitation de l’homme par l’homme. Le problème est que toute personne un tant soit peu clairvoyante sait que ce ne sont pas systématiquement les riches et les « nobles » qui exploitent honteusement leurs congénères mais bien les filous machiavéliques qui, quelque soit le système social ou le système politique, dans la lumière ou dans l’ombre, arrivent à leurs fins en dépit de leurs origines sociales. Donner le pouvoir à un prétendu prolétariat ne changera rien en soi, sinon de donner le pouvoir à d’autres ambitieux sans scrupules qui exploitent déjà à leur niveau les faiblesses humaines sans en avoir l’air.
Pauvre Karl… Je me demande parfois s'il n'était pas un peu bourré quand il a écrit ses thèses. C’est complètement naïf de croire que l’on peut réussir à établir la justice sociale en éliminant une prétendue caste d’exploiteurs. Il n’existe pas de castes prédestinées à l’exploitation ou de classes sociales génétiquement modifiées pour exploiter les autres. On ne naît pas exploiteur, on le devient. On le devient quand on n’a aucune moralité, qu’on se rend compte que l’on a du pouvoir sur les autres, que l’on peut donc les manipuler à volonté et que l’on est assez retors et fourbe pour échapper de façon féline à tous les mécanismes de contrôle du pouvoir. Ce n’est pas une question de classe sociale ! Les gangs et les caïds qui terrorisent les banlieues pauvres dans le monde entier ne sont pas issues de classes sociales élevées.
J’affirme donc que contrairement à ce qu’ils avancent, les communistes et leurs cousins, même s’ils ont ponctuellement apporté quelques avancées sociales nécessaires, ont fait reculer de manière générale la cause de l’être humain. Les classes sociales sont un problème lorsqu’elles sont hermétiques. Il aurait fallu s’employer à développer les échanges et l’ouverture entre les classes et non les inciter à un conflit aussi destructeur qu’inutile. En termes d’amélioration de la dignité humaine dans l’histoire, le marxisme et ses dérivés gauchistes sont donc de vraies régressions.
Après que les révolutions américaines et françaises aient statué que les hommes naissaient libres et égaux en droits, qu’ils possédaient plusieurs droits inaliénables comme la vie, la liberté et la recherche du bonheur et qu’ils avaient tous droits à une représentation équitable dans le système de gouvernement, le marxisme aurait pu par exemple statuer que les hommes pouvaient par leurs qualités et leur travail améliorer leurs conditions de vie, individuellement et collectivement sans distinction d’origines familiales, ethniques religieuses ou sociales et sans distinction d’éducation et d’occupation professionnelle. C’est l’homme lui-même qui est important, pas sa profession, son compte en banque, ses diverses origines ou sa place ponctuelle dans la société.
Pour avoir manqué tout cela, le marxisme est passé complètement à côté d’une réelle évolution humaine ! Et Karl à côté d'une belle place dans 'histoire
Et après 70 ans d’échecs, où les exploiteurs communistes se sont montrés pires et plus violents que leurs homologues libéraux, où aucun des besoins de l’être humain n’a été comblé par la collectivisation et la dictature du prolétariat (dont la mise en œuvre s’est avérée illusoire partout où elle a été envisagée), où plus ou moins 90 millions de personnes sont mortes dans l’installation des systèmes communistes à travers le monde et où la terreur insidieuse d’une répression militaro-policière brutale, envahissante et liberticide s’est imposée comme la règle de tous les pays communistes, je pensais que le 9 novembre 1989 sonnerait le glas de cette dangereuse utopie communiste et de ses applications à travers le monde.
Ni l’URSS ou l’Europe de l’Est, ni la Chine ou la Corée du Nord, ni Cuba ou le Nicaragua, ni le Cambodge ou l’Angola ni tous les pays du tiers monde sous influence communiste n’ont réussi en 70 ans à démontrer que la société qu’ils préconisaient et défendaient ne rendait l’être humain heureux. Bien au contraire, on s’est aperçu que ces sociétés fonctionnaient presque davantage sur un mode « classe privilégiée - classe exploitée » que les sociétés libérales et qu’il valait mieux être pauvre aux USA ou en Europe de l’Ouest qu’en URSS. Les hautes sphères des Partis Communistes au pouvoir étaient (et sont toujours pour la Chine et la Corée du Nord) les seules vraies gagnantes de cette société dite idéale, elles vivaient dans une richesse insolente et indécente par rapport au niveau de vie moyen de leurs peuples et par rapport aux idées qu’elles étaient censées défendre et elles étaient surtout absolument inamovibles, sauf par purges internes, alors que les gouvernements « exploiteurs » libéraux sont régulièrement soumis à la difficile et risquée sanction des urnes dans laquelle le peuple peut saborder toute politique qu’il n’approuve pas et tout dirigeant à côté de ses pompes. Il y en a un d’ailleurs qui ne s’est toujours pas remis de son méchant sabordage du 21 avril 2002 et qui n’a jamais retrouvé ses pompes…
Il me faut quand même mettre un peu d’eau dans ma vinasse râpeuse. Je suis obligé, par simple réalisme et par simple constatation, de rendre hommage à une certaine influence de la pensée marxiste. Dans des domaines bien particuliers, sur des points très précis, la pensée marxiste a amélioré localement la condition sociale et les conditions de travail, au milieu d’une révolution industrielle humainement terrible et écrasante. Si les enfants occidentaux ne ressortent pas tous les soirs couverts de poussière de charbon des infâmes boyaux meurtriers des mines, après quinze à seize heures d’un travail hallucinant, c’est grâce aux syndicalistes et activistes souvent motivés et encouragés par la pensée marxiste. Rendre le travail plus humain, plus respecté et mieux récompensé est bien évidemment un résultat positif de la pensée marxiste originale qui a eu le mérite de théoriser et de structurer des aspirations dispersées de respect de l’humain et de justice entre les hommes.
Mais entre temps, Vladimir Illich (Lénine), Joseph Djougatchvili (Staline), Léon (Trotsky), Mao et l’oncle Ho sont passés par là et leur application gouvernementale de la pensée marxiste a eu le résultat "social et juste" que l’on connaît ! La lutte finale, et tout ça…
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