III Un nouvel espoir
Le seul autre système de gouvernement susceptible de me filer une telle envie de vomir était le nazisme et ses cousins fascistes. Je ne vais pas expliquer autant en détail pourquoi je hais le nazisme tant c’est évident mais je vais résumer en quelques mots. Il est semblable au communisme dans son totalitarisme et sa négation de l’individu au profit du Parti, son économie s’en inspire largement et selon les propres dires d’Adolf Hitler en personne, accomplit réellement le marxisme. Surtout, il met en avant comme objectif prioritaire la pureté de la société et de la race et planifie l’élimination systématique des races impures et des influences culturelles étrangères. Les nazis ont théorisé et conceptualisé l’élimination de masse, l’élimination industrielle d’êtres humains. Et ils ont surtout créé le précédent dont tous les meurtriers de masse de la fin du vingtième siècle avaient besoin pour atténuer la portée de leurs crimes. C’est vrai, aucun autre crime contre l’humanité de ces cinquante dernières années n’a suscité autant d’horreur que la Shoah.
Heureusement, les velléités guerrières des nazis les ont conduits à leur perte puisqu’ils ne nous ont laissé que le choix des armes et que nous les avons battus à plate couture, aussi plate que les villes allemandes après un raid aérien ! Même si pour cela, il a fallu aider les soviétiques. C’est un problème récurent dans les conflits. Pour abattre le loup, on le fait traquer et combattre par un chien enragé qui est aussi incontrôlable que le loup lui-même. Une fois que le loup est mort, le chien enragé se retourne contre ses maîtres. Une fois qu’Hitler et Mussolini ont été éliminés, il nous est resté sur les bras un Staline et une Armée Rouge aguerrie, avides de conquêtes et d’influence.
Mais la guerre froide n’est pas devenue chaude, du moins pas entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie, et le 9 novembre 1989, notre chien enragé mourrait de sénilité en nous laissant à nouveau respirer l’espoir de paix et de liberté qui avait pu brièvement parcourir le monde entre le 7 et le 8 mai 1945. Même la première Intifada était terminée !
Vous aurez compris que si j’insiste autant sur le 9 novembre, c’est bien parce que c’est mon anniversaire et que, comme tout ex-petit garçon qui se respecte, j’aime beaucoup cette date pour tous les cadeaux qui pleuvent et l’attention dont on est l’objet. En 1989, à cette date, la chute du Mur de Berlin était un splendide cadeau que malheureusement je n’ai pas mesuré à sa juste valeur. Si j’avais su, j’aurais demandé à fumer mon premier cigare et à siroter mon premier champagne. La chute du Mur de Berlin signifiait que, pour la première fois depuis 1933, l’Europe ne vivait plus sous la menace directe d’un grand méchant loup totalitaire. Certes, tout n’était pas réglé à cette date. L’URSS existait encore et la plupart des régimes communistes étaient encore en place. Mais l’ouverture du rideau de fer était comme la rupture d’un barrage. L’eau furieuse, violente et inexorable de la liberté allait balayer les sombres vallées de ce communisme archaïque, et allait emporter les très faibles fondations instables sur lesquelles reposait le pouvoir du Parti Communiste. Dans les mois et les années qui ont suivi, d’ailleurs, les pouvoirs totalitaires Est-européens allaient sombrer au son des rythmes de Johnny Clegg et Savuka qui personnifiaient l’espoir de l’entente entre les peuples et qui chantaient, avec l’incomparable « Asimbonanga » la libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud.
Mes oreilles résonnent encore des chansons anglo-zoulous de Johnny Clegg et Savuka et c’est dans leurs albums qu’il faut trouver l’ambiance musicale qui berçait, pour moi, la libération du monde des totalitarismes issus des erreurs passées de l’Occident. Ma sœur m’avait offert pour cet anniversaire une cassette de l’album « Cruel, Crazy, Beautiful World » et je l’écoutais en boucle dans ma chambre en regardant avec fierté (et soulagement) les posters de F-15 en Alaska qui, finalement, n’auraient pas à affronter les Mig-25. Bien sûr, je n’écoutais pas que Johnny Clegg. Il y avait aussi Elton John, Phil Collins, Gold, entre autres, qui peuplaient les ondes de mon tout nouveau radiocassette, mais les textes de Johnny Clegg, (en anglais, parce que malgré ma grande culture, je ne connais pas les dialectes zoulous…) étaient empreints des évènements qui se produisaient à travers le monde. Et surtout, il savait relier les évènements en cours avec leurs sources historiques. La chanson « Warsaw 1943 » illustrait à la perfection l’horreur du Ghetto de Varsovie et la vie des jeunes gens courageux qui étaient écrasés par le rouleau compresseur nazi. En chantant le ghetto de Varsovie, il dénonçait l’oppression des Polonais et, à mon sens, cette dénonciation s’étendait à l’oppression communiste d’un peuple qui a été occupé, colonisé et maltraité de 1939 à 1989 par les nazis et par les soviétiques. Parce qu’il n’y a pas de discontinuité dans le drame polonais ! Les soviétiques ont immédiatement mis en place une dictature communiste sur la Pologne, comme dans les autres pays « libérés » par l’Armée Rouge, qui a plus ou moins continué sous la bannière rouge de la « dictature du prolétariat » le programme d’ « assainissement » culturel, politique et même racial entrepris par les nazis. Je le répète, l’antagonisme entre nazisme et communisme provient principalement de leur similitude.
Lorsque l’on sait que Staline, qui aurait pu envoyer l’Armée Rouge soutenir le soulèvement du Ghetto juif de Varsovie en 1944, a cyniquement laissé les SS et la Wehrmacht massacrer les résistants et supprimer ainsi tout pouvoir intérieur d’auto détermination des polonais (chose qu’il aurait fait lui-même et qu’il était ravi d’attribuer aux nazis) , on est seulement amèrement surpris quand on apprend qu’en fait soviétiques et allemands se sont entendus dès 1939 sur l’invasion et le partage de la Pologne. C’est quand même très dur à avaler de penser que la France est entrée en guerre pour empêcher l’invasion allemande de la Pologne et qu’une fois que l’Allemagne a été vaincue, la Pologne a été abandonnée à ceux qui, quatre ans auparavant, avaient conclu un pacte avec les nazis pour déposséder le peuple polonais. On en vient à se demander, sans vouloir faire du révisionnisme, s’il était vraiment nécessaire de vaincre Hitler pour finalement refiler les trois-quarts de ses conquêtes à Staline…
Et surtout, et là je pousse mon coup de gueule colérique anti-français, on en vient à se dire que la France a une responsabilité historique d’un poids insoutenable dans la deuxième guerre mondiale, puisque non seulement nous n’avons pas sauvé la Pologne des nazis, mais nous avons été battus par idiotie en juin 40, empêchant par là même le monde libre de maintenir la pression sur Hitler. Avec une France effondrée et une Grande-Bretagne protégée seulement par la Manche, l’agressivité de Churchill et quelques courageux pilotes de la RAF, Hitler et ses généraux ont eu tout le loisir d’envahir le reste de l’Europe centrale et de l’Est et de s’en prendre à l’URSS qui n’attendait que cela pour répandre le communisme en Europe et dans le monde grâce à la bonne parole des T-34 et des Katiouchas. Avec des Si, on mettrait Paris en bouteille, dit l’expression consacrée, mais je voudrais que tout le monde se demande ce qu’il serait advenu si la France avait tenu le choc face à l’Allemagne. Peut-être n’aurions-nous pas pu vaincre, ni même prendre l’initiative, mais je pense que si nous avions pu retenir le père Adolf suffisamment longtemps, voire le mettre un peu en danger de temps en temps, nous aurions laissé au monde libre le temps d’organiser une victoire qui n’aurait peut-être pas eu besoin de l’ogre soviétique.
Mais tout cela n’est que spéculations qui ne ramèneront pas les 60 millions de victimes de la seconde guerre mondiale, ni les près de 90 millions de victimes de l’influence communiste. Rendons à César ce qui est à César, les peuples allemands et russes sont parmi les premiers sur cette liste des victimes.
Plus j’en parle et plus je me dis que je suis né dans un monde de tarés mais ce genre de pensée n’est absolument pas constructif, surtout à mon âge !
C’est contradictoire de dire que ce qui a été constructif, c’est une destruction mais c’est le cas. La destruction du Mur de Berlin, à partir du 9 novembre 1989, représente la chute du rideau de fer et la chute du rideau de fer, c’est un nouvel espoir pour l’humanité. Du moins c’était ! C’était l’espoir que les hommes allaient mettre leurs différences de côté et enfin allaient mettre leurs efforts au service de l’humanité. C’était l’espoir que la vieille Europe en terminait enfin avec ses démons et allait pouvoir se consacrer à apporter la paix au monde. Ca a l’air très naïf comme ça, mais je n’avais que 14 ans. Je n’envisageais pas la suite et je ne voyais absolument pas que les conflits, petits et grands qui avaient ponctué l’histoire du monde germaient encore sous des braises qui ne s’éteignent jamais vraiment. Peut-on m’en vouloir, moi petit français, d’être heureux qu’on ne me prépare plus à combattre les petits allemands et d’être ravi que la guerre annoncée entre les USA et l’URSS n’ait jamais lieu ? Je me disais naïvement que le monde avait regardé avec consternation l’opposition criminelle entre la France et l’Allemagne et entre les USA et l’URSS et qu’il attendait patiemment qu’on en ait fini avec nos conneries pour commencer véritablement à vivre en paix. Je pensais que tout le monde ne voulait que vivre en paix et qu’après que la guerre froide serait terminée, on pourrait tous souffler de soulagement et aller boire un verre tous ensemble.
Quelle ne fut pas ma désillusion, le 2 août 1990 quand je m’aperçu que Saddam Hussein, alors que lui-même sortait de huit ans d’une guerre aussi stérile et idiote que meurtrière, voulait dévorer le Koweït et plus tard que les Yougoslaves avaient une envie folle de s’entre-massacrer pour sacrifier à de vieilles traditions locales.