Chapitre 5: Le Jedi n'est pas encore revenu
2 août 1990… J’étais naïf à l’époque et je pensais que ce n’était qu’une étape de plus dans la conquête de la paix et de la liberté à travers le monde. Saddam Hussein,
dictateur cinglé et belliqueux, demandait publiquement qu’on lui mette une fessée. Jamais je ne me serais douté de la façon dont ce crétin allait enflammer les choses. Les américains s’installent
sur les terres saintes de l’islam et leurs manières de cow-boys libres et démocratiques ne plaisent absolument pas aux tyrans barbus fanatiques, grand lapideurs de femmes devant l’Eternel, qui
gangrènent l’Arabie Saoudite. L’intervention de l’ONU pour libérer le Koweït est taxée de guerre américaine hypocrite pour le pétrole et, sous la pression des bien-pensants, les alliés n’osent
pas en profiter pour régler son compte au Père Saddam. Bilan des courses, les américains maintiennent une présence militaire forte dans le Golfe et les terres saintes de l’Islam pour contrôler
l’incontrôlable Saddam, chose qui est de plus en plus mal perçue par Ben Laden et consorts, qui préfèrent tout d’un coup le voisinage d’un musulman, fut-il un dictateur sanguinaire, plutôt que de
tolérer des non musulmans pas bien méchants, qui les rendent riches et contribuent largement à la protection de leur business. Comme cracheurs dans la soupe, on fait pas mieux. Entre les
provocations répétées de Saddam, qui passe dix ans à continuellement remettre en cause les résolutions de l’ONU sur son pays et à prendre un malin plaisir à jouer au chat et à la souris avec les
inspecteurs en désarmement, et les attentats toujours plus pressants des islamistes de Ben Laden, qui assemble petit à petit une armée de playmobils terroristes dans le monde entier, on peut tout
de même comprendre qu’après les attentats du 11 septembre 2001, les USA en aient marre et décident d’affronter leur démons. Ils traquent Ben Laden en Afghanistan et du même coup mettent à terme à
une dictature théocratique qui visaient principalement, et violemment, les femmes, ils règlent le compte de la dictature de Saddam Hussein et offrent à ces deux pays une chance protégée de
construire une démocratie. Mais, dans le reste du monde, ils sont montrés du doigt comme de dangereux mondialistes impérialistes incontrôlables, aussi religieusement dangereux que Ben Laden, qui
mettent le feu aux poudres d’une situation qui allait de toute façon péter un jour ou l’autre, tôt ou tard. La haine revancharde des anciens communistes, qui n’ont jamais vécu sous une dictature
communiste, les incite à préférer laisser pourrir des situations qui finiront par nourrir leur goût du sang et de la révolution sanglante. Et un gros résidu de population mondiale, comme
toujours, tremble à l’idée d’un quelconque changement dans l’équilibre déséquilibré et aussi instable qu’un baril de poudre dans une fonderie que représente aujourd’hui la situation géopolitique
dans certains coins du globe.
C’est quand j’en arrive à ce constat que je mesure le chemin parcouru depuis le 6 juin 1944 et depuis le 9 novembre 1989. Le 6 juin 1944, en
débarquant en France, les Anglo-américano-canadiens, mettaient le feu aux poudres en Europe de l’Ouest. Tous ceux qui le regrettent, levez le doigt ! Le 9 novembre 1989, en escaladant le Mur
de Berlin, les Allemands de l’ouest prenaient le risque de mettre le feu aux poudres en Europe de l’Est. Deux actes de courage, basés sur une certaine idée de la justice et de la vérité. L’un a
précipité la fin d’un système monstrueux au prix de nombreuses vies militaires et civiles des deux camps, l’autre a précipité la fin d’un système tout aussi monstrueux mais sans l’embrasement et
sans le taux de pertes du premier. Ces deux actes sont deux actes de courage. Ils ne sont pas juste la contemplation béate d’un équilibre aussi instable que dangereux, comme on a tendance à faire
depuis. Aujourd’hui, il semble que, sous les coups de bélier du terrorisme, du conflit israélo-palestinien, de la crainte des dictatures obsolètes aux abois et de la propagande lancinante des
nostalgiques furieux du communisme, nous soyons entrés dans une ère de flipettes, où l’on préfère promouvoir de façon défensive un équilibre de façade dont on saura se satisfaire pour se rassurer
plutôt que d’affirmer fermement les fondements de ce en quoi nous croyons et d’affronter courageusement les risques qui en découleront.
Bien entendu, et j’en rigole de devoir le préciser, il serait quand même bien de savoir en quoi nous croyons et pourquoi nous devrions nous
battre…Et c’est là que tout fout le camp ! C’est véritablement le bât qui blesse aujourd’hui dans les sociétés occidentales. Certains hommes politiques passent leur temps à déplorer la perte des
valeurs, sans jamais expliquer ces fichues valeurs ; d’autres passent leur temps à essayer de nous faire croire que la seule chose importante, c’est le temps de travail et la fiche de
paie ; on en entend d’autres qui voudraient faire des lois contre le décès des personnes âgées en été ou contre les crues du Gard ; d’autres encore se sentent menacés dans les
fondements de la République par un morceau de tissu, respectueusement appelé voile islamique ! Pauvre république qui a rien d’autre à foutre que de faire une loi empêchant les gens pieux
d’être pieux dans les lieux publics! Pauvre démocratie qui met dos à dos la religion et l’état, au risque de rejeter dans une clandestinité incontrôlable et fanatisante des légions de jeunes et
de moins jeunes gens, musulmans, mais aussi juifs et pourquoi pas chrétiens, qui seront placés devant un choix entre leur foi de tradition ou de cœur et une république qu’ils ne comprennent pas
et qui ne les comprend pas. Pauvre France, enfin, qui n’arrive à proposer aux gens qui souffrent terriblement qu’un prétendu « droit de mourir dans la dignité », autre terme pudique
pour désigner l’abattage d’êtres humains dont on pense qu’ils n’ont plus d’espoir. Comme si l’être humain de manière générale avait l’espoir d’échapper à la mort... Comme si une vie qui ne pourra
pas être vécue de manière classique ne mérite pas d’être poursuivie. Curieux paradoxe pour le pays qui a édicté les droits de l’homme au premier rang desquels la vie que de se taper un cas de
conscience sur le droit de crever. Il y a deux siècles, des français risquaient leurs vies et leur liberté pour proclamer que la vie et la liberté était des droits inaliénables de tout être
humain. Ils considéraient que le fait de vivre était suffisamment précieux pour être défendu. Aujourd’hui, on estime que toute personne condamnée à le droit de mourir en choisissant le mode et
l’heure de sa propre mise à mort. Ce qui sous-entend que la peine de mort, que l’on a aboli avec fracas pour la justice, redevient applicable à soi-même dès lors que l’on estime que sa vie n’a
plus d’espoir. Quel est le con qui disait « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » ?
Il n’y a aucun doute : l’empire des tueurs en masse de vie d’espoirs et de liberté a bien insidieusement repris l’initiative et pour le
moment, aucun retour de Jedi ne vient nous donner un peu d’espoir. Heureusement, pour ma part, grâce à un vecteur qui reste encore très libre, l’internet, je peux me faire une compilation des
meilleurs titres de Johnny Clegg & Savuka et écouter « Warsaw 1943 » ou « Berlin Wall » en me disant que si ce foutu rideau de fer s’est effondré le 9 novembre 1989, alors
qu’on ne s’y attendait pas, il y a des chances qu’un jour, le vent excitant de la liberté souffle de nouveau sans prévenir sur le monde et sur moi.
Ca me gonflerait de devoir émigrer aux Etats-Unis pour le sentir, ça commence à faire cliché…