Le vent et les pales d’un hélicoptère de Gendarmerie soulèvent aisément la fine couche de sable qui recouvre légèrement la Dune du Pilat, ce vendredi
après-midi. Il est 17h et un spectacle grandiose mais angoissant s’étend sur plusieurs dizaines de mètres sur la Dune, face au poétique et paisible Bassin d’Arcachon. Presque 300 soldats, en
tenue de combat, fermement harnachés et équipés, l’air décidé à en découdre viennent de débarquer de bus militaires et ont gravi les marches en plastique de l’escalier qui amène
généralement les touristes au sommet.
Les touristes qui passent par là, des personnes âgées pour la plupart, ont une attitude mal aisée face à ce déploiement de
forces qui grimpent au son de leurs lourdes bottes la Dune du Pilat. Que se passe t’il donc, se demandent-ils ? La dernière fois qu’on a vu autant de soldats sur la Dune, c’était durant
l’occupation ou bien était-ce en 1945 quand le Lieutenant-colonel Bigeard commandait une école de troupes aéroportées installée à l’Hôtel Haïtza tout proche ? Etrange spectacle, flashbacks
de bons ou de mauvais souvenirs, ces soldats posent fièrement sur la Dune alors que l’EC145 de la Gendarmerie les survole et les prend en photo. Avec les blockhaus allemands au bas de la Dune,
ces 300 soldats à la mine dure et l’hélicoptère, on se croirait bien en guerre ! Que le bon peuple se rassure, la seule guerre que ces soldats allaient livrer est celle d’une compétition
acharnée, sportive et militaire ou ils allaient faire la preuve de leurs compétences, de leur sens de l’adaptation, de leur résistance. Leur seul ennemi, c’est eux-mêmes.
Une compétition militaire est toujours quelque chose de particulier, ne serait-ce que par les tenues que portent les
compétiteurs. Quelle idée saugrenue de grimper la Dune en tenue de combat, avec 15 kg sur le dos et en lourdes rangers de cuir, alors que la tenue prescrite en temps normal sur la Dune est
composée d’un bob, d’un short et de tongs…
Et c’est en m’enfonçant d’une bonne dizaine de centimètres dans ce sable fin, constamment battu par les vents, que je
m’élance à 17h03 à la tête d’un commando provenant de la Base Aérienne de Cazaux. J’ai avec moi trois personnalités marquantes, trois sergents de l’Armée de l’air, jeunes, combatifs, volontaires,
pleins d’humour et de panache. De vrais aviateurs français, héritiers autant de la verve des Cadets de Gascogne que de l’effronterie des chevaliers du ciel de la Grande Guerre. Deux d’entre eux,
Damien et Guillaume, sont des mécaniciens d’active, plus habitués au cambouis des ateliers qu’au « crapahut » commando, et davantage enclin à lire des notices techniques qu’une carte
topographique. Sabrina, la troisième, est une instructrice réserviste dont le métier dans l’Armée de l’air est d’apprendre à de boutonneux jeunes civils comment devenir des militaires dignes de
ce nom et qui est plus habituée au rythme du pas cadencé qu’elle enseigne aux jeunes recrues qu’à la cadence d’une marche commando. Quant à moi, plus intellectuel que physique et avec surtout une
expérience de bureaux, de théories et d’état-major, n’ayant repris un entraînement sérieux que depuis 6 mois, je suis responsable de cette équipe qui, sur le papier, ne part pas avec les
meilleurs atouts.
Nous cavalons la pente de la Dune sous les hourras de nos camarades de la base de Cazaux, organisateurs de l’épreuve mais
qui ne peuvent s’empêcher de vibrer pour l’une des deux équipes qui défendent leur honneur. Leur soutien, tout au long des 24 heures du Raid sera d’ailleurs un formidable encouragement qui me
permet de mieux comprendre l’impact de jouer à domicile sur la performance des sportifs.
Nous ne partons certes pas favoris mais rapidement, pourtant, je perçois dans mon équipe une force particulière. Guillaume
et Damien, au milieu des blagues et des mimiques insolentes, sont de vrais battants, des locomotives en forme olympique. Sabrina, pourtant de constitution plus frêle, se révèle rapidement et suit
la cadence de belle façon. Boulet de l’équipe sur les épreuves physiques, je garde le contact autant que je peux, essayant constamment de recoller à mes admirables locomotives.
Le parcours n’est topographiquement pas difficile. De longues lignes droites et des balises aisément identifiables, sauf
pour l’une d’entre elles, presque à la fin du parcours. La vraie difficulté de ce parcours, c’est le sable fin et les 200 mètres d’altitude de la Dune que nous remontons aussitôt après l’avoir
descendue à la recherche de la première balise. La montée est dure et âpre. Le sable semble engloutir chacun de nos pas et rapidement, nous ressemblons aux montagnards de l’Everest qui doivent
s’arrêter tous les trois pas. Les pieds commencent déjà à souffrir, dans d’interminables petits mouvements pour se stabiliser sur ce sable fuyant et c’est déjà essoufflés que nous arrivons à la
deuxième balise, 1,5 km seulement après le départ. Dès cette première épreuve de force passée, il s’agit surtout d’endurance et de garder le rythme. Nous ne le savons pas encore mais le sable
sera notre pire ennemi sur les 32 kilomètres du parcours.
Le seul incident notable de notre parcours, c’est la semelle de la rangers de Sabrina qui fait « le crocodile »
et que nous essayons de réparer d’abord avec du ruban adhésif (Un vrai soldat a toujours du ruban adhésif sur lui), mais le sable agissant comme une ponceuse sur nos bottes, ces réparations ne
tiennent pas jusqu’à ce que Sabrina récupère une chaussette abandonnée sur la plage pour s’envelopper la rangers. Avec sa chaussette de sport blanche sur la rangers, Sabrina nous attire
rapidement les regards amusés du personnel d’encadrement qui se marre bien en nous voyant arriver.
Mais la marche continue, dans le sable et sur une piste cyclable qui sera pendant quelques kilomètres notre seul répit dans
notre combat contre le sable fuyant qui nous épuise à presque chaque pas. L’eau de nos gourdes est très rapidement engloutie et il faut se ravitailler à tous les points de contrôle pour rester
hydratés. La chaleur qui baigne le sud de la France depuis plusieurs semaines ne nous épargne pas, même alors que le soir s’avance et nos t-shirts et nos pantalons témoignent de l’eau que nous
perdons dans l’épreuve.
Sur le parcours, parfois, nous partageons un bout de chemin avec d’autres équipes que nous finissons par distancer ou qui
nous dépassent. Tout le long, nous faisons un chassé-croisé avec une équipe canadienne de la base de Toronto, très sympathiques et très vaillants dans un environnement totalement inconnu. Nous
croiserons aussi la route des commandos belges, vainqueurs finaux de l’épreuve, et qui sont impressionnants de fraîcheur à mi-parcours, comme celle d’aviateurs allemands dont l’un d’entre eux
porte le sac de son camarade sans sembler souffrir et qui se désigne à moi en riant comme un « Panzer », un char d’assaut, tant il avance sans faiblir avec sa double charge !
L’ambiance est très bon enfant et même pleine d’entraide entre participants. Le lieutenant suisse prêtera à Sabrina un nouveau rouleau de ruban adhésif pour sa chaussure et il n’est pas rare de
voir des bouteilles passer d’une équipe à l’autre. Nous portons le même treillis ou nous sommes alliés et la compétition ne saurait faire oublier aux soldats l’esprit de corps et l’assistance
entre camarades. Les allemands portent un treillis dont le camouflage ressemble à s’y méprendre à celui porté par les Waffen-SS durant la guerre et je me dis en souriant qu’il est dommage que
nous ayons du en passer par 4 guerres (si l’on compte les invasions françaises des régions allemandes sous Napoléon Ier)
pour que nous marchions ensemble en paix et avec
le sourire. Quant aux canadiens, en discutant quelques minutes avec leur athlétique capitaine, je pense, non sans une certaine émotion, au courage de ces « caribous » robustes et
fiables, excellents soldats par nature et qui ont lourdement payé, à Vimy, à Dieppe, en Normandie et en Allemagne, leur attachement à la France et au Monde Libre. Encore aujourd’hui en
Afghanistan, les Canadiens sont souvent dans les plus durs combats et ils sont redoutables, comme en témoigne le record de distance d’un tireur d’élite canadien qui a abattu sa cible à presque 3
kilomètres de distance.
C’est d’ailleurs dans un mouchoir de poche avec eux que nous arrivons, après 6h58 de marche harassante, à minuit, à
l’arrivée sur la base aérienne de Cazaux. Partis en 9ème position, nous arrivons 12ème sur 55 équipes, ce qui tend à prouver que, déjà, nous nous résistons bien face à une
concurrence musclée. La dernière équipe, une équipe de réservistes italiens, sera ramassée par l’encadrement à 5h du matin, après près de 12 heures d’une marche difficile dans la pinède. Que le
premier qui soit tenté de se marrer fasse le parcours dans ces conditions avant d’oser rire…
Quelques heures d’un sommeil difficile et agité et, c’est non sans quelques lourdeurs et courbatures que nous enfilons à
nouveau nos treillis poisseux de sueur et nos rangers, dont le cuir s’est durci en refroidissant. Mal réveillés et épuisés, nous nous présentons à 6h au point de rassemblement et un camion
militaire nous amène au premier pôle d’activités de la journée. Pour mon équipe, il s’agit du pôle aquatique. On ne le sait pas bien encore mais cette épreuve sera épuisante, musculairement
difficile, très humide (très !) et froide. L’eau du Lac de Cazaux est à 19 degrés exceptionnellement et ça reste supportable. Nous quittons nos rangers qui nous feraient couler à pic pour
des baskets qui nous permettront de nager et nous embrayons immédiatement sur un parcours « mangrove », avec port d’une caisse de 20 kilos par équipe. Franchissement en barque, course
dans une foret humide, franchissement à pied avec de l’eau aux genoux et franchissement d’une mare avec de l’eau aux épaules, cette première épreuve, à faire en moins de 6 mn, nous met déjà sur
les rotules.
Bien saisis de froid, nous sommes appelés
pour un test de nœuds, la connaissance des nœuds étant capitale en situation de survie. Nous partons ensuite pour un parcours d’audace nautique en eau peu profonde ou il faut passer plusieurs
obstacles avec une bouée à trainer et nous abordons ensuite l’épreuve reine, celle que l’on redouterais si on la connaissait, le parcours d’audace nautique en eau profonde qui se termine par un
genre de chapeau chinois qui épuise les dernières ressources et me laisse personnellement presque tétanisé tant j’ai sollicité les muscles des bras et des avant-bras pour hisser mes 82 kilos
(plus 10 kilos de treillis mouillé !) sur cette planche mouillée et lisse à l’aide d’un cordage avant d’aider Sabrina qui manque de retomber à l’eau et mes deux camarades qui se sont chargés
en plus de la charge obligatoire, un pneu. Sabrina et moi étant les plus faibles physiquement, Damien et Guillaume décident de s’occuper des charges a porter ou a tirer, lorsque les 4 équipiers
ne sont pas nécessaires. Ca nous permet de ne pas perdre trop de temps et ça nous économise un peu, même si, comme lors du chapeau chinois, je les aide à chaque fois que je peux, ne serait-ce que
pour les soulager quelques secondes. Mais leur puissance et leur vigueur m’épate et m’impressionne. Damien est d’un gabarit légèrement supérieur au mien mais Guillaume doit peser 20 kilos de
moins de moi et il déploie une énergie incroyable ! A ma décharge, j’ai en moyenne 10 ans de plus que mes trois compères et, on peut le constater dans d’autres équipes également, l’âge n’est
pas notre allié dans ce type d’épreuves.
Malgré le froid, les douleurs musculaires et mes limites physiques, nous terminons très honorablement ce pôle aquatique et
j’ai déjà une petite idée de notre classement final, si nous maintenons ce niveau d’engagement. De façon surprenante, alors que j’ai le sentiment d’être un véritable boulet, je ne suis
vraisemblablement pas autant à la ramasse que je le crois. Aucune pénalité sur l’épreuve la plus difficile du Raid et un temps très correct qui nous fait glaner un maximum de points. Après notre
jolie performance de la marche, nous confirmons nos prétentions et je dis déjà à mes camarades que nous pouvons finir dans les 15 premiers, ce qui serait un classement tout à fait satisfaisant
pour nous et pour la Base Aérienne de Cazaux. Après tout, aucun d’entre nous n’est fusilier commando ou commando de l’air et aucun d’entre nous n’est spécialiste de ce type d’activités
d’ordinaire réservé, dans l’Armée de l’air, aux forces de protection et de sécurité.
Parlant de commando, c’est précisément le thème du prochain pôle, appelé « Sicut Aquila ». Cette locution latine,
qui signifie « Tel l’aigle » est la devise des fusilier commando et des commandos de l’air dans l’Armée de l’air, qui portent un insigne particulier ou figure cette devise. Calqué sur
une épreuve spécifique aux commandos et qui porte ce nom, ce pôle est composé de plusieurs activités que peuvent rencontrer les troupes d’élite dans leur cadre naturel. Nous commençons par
le port, à quatre, d’une charge lourde sur un parcours accidenté, comme si nous devions, par exemple, porter un matériel important récupéré lors d’une opération. Nous passons ensuite à une série
de franchissements de plans d’eau, le premier sur un radeau très instable de planches et de bidons ou il faut trouver un équilibre, le conserver et ramer de façon synchronisée et calme pour
avancer sans nous déstabiliser. Notre performance, sur cette épreuve, sert d’ailleurs de modèle à des équipes qui arrivent derrière nous et copient notre organisation. Plusieurs tyroliennes
viennent ensuite mettre à l’épreuve notre équilibre et nos bras. L’une d’entre elles m’arrache littéralement la peau des jambes et je tombe à l’eau, sans lâcher pour autant. Comprenant que l’on
n’a pas de pénalités pour être tombé à l’eau et que le seul but de l’exercice est d’arriver sur la rive opposée, je termine aussi vite que je peux, à la force des bras et mon camarade derrière
moi, se jette à l’eau et fait toute la traversée comme moi, ce qui nous fait gagner un temps précieux. Nous passons ensuite à un exercice de cohésion ou nous devons nous entraider pour sortir
d’une mare, ou l’on s’enfonce jusqu’au aisselles en passant par-dessus un plan légèrement incliné qui s’élève à deux mètres au-dessus de l’eau. Le courageux Damien s’installe sous le plan incliné
et nous sert à tous d’échelle vivante, hurlant de douleur lorsque mes presque 100 kilos (82 kilos + treillis mouillé + rangers gorgées d’eau) enfoncent les crampons de mes rangers dans ses
épaules. Guillaume et Sabrina, passés les premiers, m’aident à me hisser et me jettent par-dessus pour attraper les mains du pauvre Damien et je me joins à l’effort final pour le hisser et
réussir l’épreuve en moins de 6 minutes. Un parcours du combattant ne saura se terminer sans une épreuve de ramper sous un grillage tendu et c’est avec des cris de hargne de féroces guerriers que
nous terminons notre parcours en mangeant littéralement du sable et de la poussière qui se collent à nos treillis mouillés et nous alourdissent.
A chaque épreuve, comme chef d’équipe, je signe la feuille de résultat qui atteste de nos performances et je ne peux
m’empêcher de jeter un œil sur celles de nos concurrents. S’il y a indéniablement meilleur que nous, nous sommes cependant à chaque fois dans le groupe de tête et je termine ce deuxième pôle en
confirmant à mes équipiers que nous nous en sortons bien. Certes, seules une dizaine d’équipe sur les 55 fait les mêmes pôles que nous, les autres ayant débuté par d’autres pôles mais je réalise
rapidement qu’il valait mieux commencer la journée par les eux pôles les plus exigeants physiquement, à savoir l’aquatique et le Sicut Aquila. Ayant fait ces deux pôles au petit matin, juste
après le repos de la marche, nous étions les plus frais qui soient tandis que les équipes qui viendront après nous auront déjà brûlé une énergie importante sur les autres pôles, seront écrasés
par une journée de chaleur et commenceront vraiment à ressentir les effets pernicieux de l’effort de la veille et du manque de repos. D’autant que, en bons soldats en pleine action, notre seule
nourriture consistante est celle d’une ration de combat chacun, distribuée la veille et qui doit nous suffire pour 24 heures. La forêt des Landes interdisant l’allumage d’un feu, tous ont mangé
froid, s’ils ont pu manger. Etrangement, l’effort physique intense que nous vivons ne nous invite pas à la pitance et c’est sans appétit que je me suis forcé, au retour de la marche, à avaler un
porc aux légumes froid et une pâte de fruit. Durant la journée, nous nous nourrissons surtout de barres vitaminées et d’eau, beaucoup d’eau. Parfois, et le geste nous touche, nos camarades de la
base de Cazaux qui veillent à la bonne marche du Raid nous tendent, là un croissant, là un bout de sandwich qui font tout de même bien plaisir. Mais il est indéniable que nous puisons lourdement
dans nos réserves et, à l’issue du Raid, la balance le confirmera, me faisant passer de 82 kg au départ à 79 kg à l’arrivée.
A l’arrivée au troisième pôle, le pôle Combat-Survie, nous avons le sentiment d’avoir fait le plus dur et de n’avoir pas
trop mal réussi. Un petit relâchement qui nous coûtera quelques points sur ce pôle ou nous aurions pu briller davantage mais, comme je le dis à mon équipe, nous ne pouvons pas être bons partout
et les deux pôles qui restent nous promettent également de bons scores. Le pôle Combat-Survie ou nous arrivons, est très intéressant. Passé les épreuves brutes, nous abordons un peu de la finesse
et de la réflexion qui est nécessaire à tout soldat moderne. L’épreuve commence pour nous par deux questionnaires, l’un sur l’OTAN et l’autre sur l’ONU, les deux cadres habituels des opérations
militaires françaises depuis plus de 30 ans. Autant j’étais limité sur les épreuves physiques, autant ce genre d’épreuve me permet de faire parler la poudre et nous faisons un bon score même si
nous tombons dans quelques pièges faciles.
Ensuite, nous
nous dirigeons vers le stand NEDEX ou les démineurs nous attendent. Il s’agit en premier lieu de reconnaître et de définir un certain nombre d’engins explosifs, mines, sous-munitions, obus ou
roquettes que l’on peut trouver sur un théâtre d’opération. Nous avançons ensuite sur un pan de chemin, piégé par les démineurs et ou nous devons repérer les engins qui polluent souvent une zone
de combat. Bien qu’imparfait, notre performance est très bonne et nous restons même bavarder plusieurs minutes avec l’équipe des démineurs, très sympathiques et passionnés par leur métier. Ces
gens-là, depuis l’invention des mines anti-personnelles durant la Guerre de Sécession américaine, ont un travail faramineux sur les théâtres d’opérations modernes pour essayer de dépolluer des
zones gigantesques infestées d’engins de toutes sortes, souvent artisanaux et improvisés, comme en Bosnie, au Liban et en Afghanistan et qui font des ravages surtout dans les populations locales,
ou l’on peut voir des enfants jouer au foot avec des grenades non explosées trouvées par là. Nous allons ensuite montrer notre habileté à lancer ce genre d’engin, avec un lance-grenade tout
d’abord puis sur un parcours avec des grenades à main, avec un résultat assez médiocre d’ailleurs. Tout comme aux épreuves suivantes, de communication radio ou le poste radio est plus vieux que
nous et nous fait perdre un temps précieux, ou aux stands de tir à l’arc et de sarbacane, essentiel pour un soldat en situation de survie prolongée et qui doit se nourrir !
Mais cette petite contre-performance est vite oubliée lorsque nous abordons le pôle Tactique. Ce pôle sert à vérifier notre
attitude les armes à la main et le moins que l’on puisse dire, c’est que nous ne sommes pas manchots dans ce domaine !
Le montage-démontage du FAMAS, des PA MAS G1 et MAC 50 et de la mitrailleuse AA52 ne nous pose aucun problème et
notre score s’établit à deux petits points du maximum. La performance quasi-parfaite ! Le tir à plomb, qui atteste de notre maîtrise des bases du tir de précision est presque aussi bon, du
moins sur le tir à la carabine alors que nous échouons davantage au pistolet. Le tir aux armes de guerre ne se fait que par trois et je laisse mes trois sergents s’en charger. Le tir à balles
réelles est toujours quelque chose d’attrayant pour un soldat et je veux récompenser mes sergents en leur laissant ce plaisir dont ils se tirent, là encore, avec les honneurs. Exercice difficile
même s’il est intéressant, il faut commencer par un tir au FAMAS sur une cible qui représente une prise d’otages et, au signal du directeur de tir, il faut lancer le FAMAS en bandoulière sur le
flanc pour saisir le pistolet fixé sur la cuisse et enchainer rapidement. Cet exercice est capital dans la mesure ou, au combat ou en situation tendue, on n’a pas toujours le temps de
réapprovisionner son arme et ou il faut donc passer rapidement à l’armement secondaire. L’exercice suivant est une mise en situation ou, équipés de FAMAS Airsoft (qui expédient d’inoffensives
petites billes de plastique), nous devons progresser en zone hostile, récupérer un blessé et évacuer la zone. Nous nous déployons en carré, Guillaume et moi en avant, Sabrina et Damien en
arrière-garde. Nous repérons un premier piège et l’évitons mais dans ma concentration à repérer l’ennemi, je n’entends pas l’avertissement de Guillaume qui repère un second piège et je
« saute » virtuellement sur un engin explosif qui nous fait perdre des points. L’embuscade nous tombe dessus brutalement et sans avoir eu le temps de bouger, je prends une balle de
paintball (une bille de peinture qui éclate à l’impact) à l’épaule sur mon gilet tactique. Nous nous jetons dans les fourrés mais les billes pleuvent et j’en prends une deuxième à l’avant-bras
avant que l’embuscade ne cesse. Nous reprenons notre progression et nous trouvons le corps inerte d’un blessé que Guillaume et moi empoignons sous les aisselles et que nous commençons à trainer.
Une deuxième embuscade éclate et nous avons l’éclair de génie de nous mettre à courir au lieu de nous aplatir pour riposter !
Damien et Sabrina subissent quelques tirs mais ripostent en courant et nous sortons de la zone de
danger en bon état comparé à la majorité des équipes qui se sont couchées pour riposter et sont donc restées plus longtemps sous le feu adverse ! Nous terminons ce pôle par un test de
reconnaissance d’avions, sous la houlette des artilleurs du 17ème Régiment d’Artillerie de Biscarosse, venus en voisins et qui pratiquent cet exercice pour l’artillerie anti-aérienne.
Le test de 20 photos ne me pose que deux problèmes qui me laissent d’ailleurs amers : je reconnais un Sukhoi 33 russe, la version navale du Sukhoi 27 mais le questionnaire informatique est
inexact et ne propose que « Sukhoi 27 » et le minuteur tourne pendant que je conteste !
Lorsque nous quittons le pôle Tactique pour le pôle Aviation, malheureusement, une ombre plane sur notre équipe. Le
déroulement du Raid a pris du retard et je dois abandonner mon équipe pour les dernières épreuves, pour aller travailler en vacation nocturne dans l’hôtel qui m’emploie depuis 15 jours. Mis au
courant par mon Commandant qui se démène pour moi d’une façon qui me laisse sans voix , la Direction de l’Exercice (Direx) nous autorise exceptionnellement à « doubler » certaines
équipes sur les stands de façon à ce que je puisse faire parler mes compétences. Ce dernier pôle, en effet, était celui ou se dressaient les stands d’anglais et d’histoire aéronautique ou
j’excelle. J’abandonnerais malheureusement mon équipe pour les tout derniers exercices mis au point par les pompiers et que je regrette fortement de manquer. Je bâche l’anglais et l’histoire, ne
commettant qu’une petite erreur de concentration sur l’un et deux petites erreurs sur l’autre, récoltants d’excellents scores qui viennent confirmer nos prétentions. Mais je dois malheureusement
quitter mon équipe et nous avons tous un petit pincement au cœur à ce moment. La Direx, comprenant ma situation, estime heureusement que c’est un cas de force majeure et qu’il ne s’agit pas d’un
abandon de fatigue, de blessure ou de ras-le-bol et ne nous impute aucune pénalité.
Qu’est-il donc arrivé à mes trois admirables sergents ? Ont-ils été galvanisés par mon triste départ ? Ont-ils
voulu finir avec panache? Ou tout simplement ont-ils en eux une incroyable force de caractère qui leur permet de se surpasser au moment le plus critique ? Toujours est-il qu’ils termineront
le parcours pompier avec le deuxième meilleur temps de l’épreuve, après 24 h de marche, d’exercices physiques et d’implication éreintante. Lorsque je l’apprends par un SMS de Sabrina, mon esprit
enfle d’un orgueil très peu chrétien tant je suis fier d’avoir concouru et combattu à leurs côtés durant tout ce Raid. Ils terminent sur les chapeaux de roue, sans s’être départis un instant de
leur humour, d’un panache de gascon, d’une fière insolence d’aviateur et d’une résistance de soldat français digne de nos prédécesseurs à Camerone, à Verdun ou dans le ciel de France de Juin
1940.
J’apprendrais le lendemain notre résultat final . La Direx nous classe à la 13ème place sur 55 équipes et
j’apprendrais plus tard que tout s'est joué à quelques dizaines de points points. Les scores sont très
serrés et les points bêtement perdus au Combat-Survie sont ceux qui nous empêchent d'entrer dans le top 10, voire de chatouiller le podium mais qu’importe, après tout… Il me vient une tirade de Cyrano de Bergerac : « On ne se bat pas dans l’espoir du succès. Non,
c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » Qu’importe notre classement, qu'importe les récompenses. Il ne s'agit pas, en fin de compte, d'une compétition sportive. Il s'agit bien
d'un exercice militaire ou l'important n'est pas le classement mais bien notre niveau de maîtrise de nos compétences de soldat. Qu’il nous suffise d’avoir, selon la devise de l’Armée de
l’air, fait face et d’avoir tout donné avec honneur et fidélité!
Mais alors que la douce chaleur du soir baigne le Bassin d’Arcachon et les Landes naissantes autour du Lac de Cazaux, je me
prends à penser que, vu notre humour et ce qui nous restait d’énergie à la fin de l’exercice, peut-être au fond, en avons-nous gardé un peu sous la pédale et je pense à la maxime de Guynemer,
parrain légendaire des aviateurs français qui disait « Tant qu’on n’a pas tout donné, on a rien donné ! »
Rendez-vous l’an prochain pour Air Raid 2012 à Cognac pour lui donner raison ?