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L' aviation et l'histoire ont toujours tenu une place prépondérante dans ma vie. Elles me font rêver, elles me font souffrir, elles me font réflechir.


Dans ce blog, je parle de mes rencontres avec l'histoire et de mes aventures d' aviateur. Je parle aussi des réflexions que notre époque m'inspirent, souvent tirées de mes rencontres avec l'histoire ou de mes aventures d'aviateur. 


Je souhaite vos commentaires, vos remarques, heureuses ou cinglantes, méchantes ou mielleuses. Il n'est pire cauchemar, pour quiconque commet l'impudence d'écrire, que le silence de ses lecteurs...


Merci du temps que vous m'accordez!


Tim

cld8ghv0     Reste t'il un peu de place, dans les émotions que ce dramatique 20ème siècle aura causées, pour une enième et pourtant terrible histoire de guerre, de sang versé et d'extermination?

     J'ai toujours affirmé que le pire crime des Nazis avait été de créer un précedent, un point de référence, une sorte de nomenclature du crime de masse qui, par son éxecution si froide, industrielle et administrative autant que par son ampleur dans un temps très court, donne la mesure la plus extrème de ce qu'il est possible de faire lorsqu'on prévoit d'exterminer un peuple. La Shoah est le niveau maximum, jusqu'à preuve du contraire, de l'efficacité d'une élimination de grande envergure et l'on ne peut s'empêcher de comparer tous les crimes de masse à ce niveau-étalon de l'horreur. A côté de cette effrayante prouesse criminelle, les crimes de masse, tentatives d'extermination, génocides et autres nettoyages ethniques du 20ème siècle paraissent assez ternes et reflètent un amateurisme qui suscite davantage de mépris que de stupeur.   19420529-EtoileJaune.jpg

     Pourtant, le 20ème siècle restera sans doute dans l'histoire comme un siècle d'exterminations, davantage peut-être que comme un siècle guerrier malgré les deux guerres mondiales et la guerre froide planétaire qui a suivi. En effet, un intéressant exercice consiste à demander à n'importe qui de citer des génocides du 20ème siècle. Généralement, les réponses tournent autour de trois. Bien sûr l'omniprésente Shoah vient immanquablement en premier et c'est heureux et l'on cite généralement le génocide rwandais, sans bien savoir de quoi il s'agit, et le génocide arménien, que l'on ne connait d'ailleurs pas davantage. Juif, Arménien et Rwandais sont des mots qui depuis quelque temps sont associés au mot génocide et par association d'idées, on peut vous dire "Juif", vous allez penser à "génocide" et si on vous dit "génocide", vous allez sans doute penser à "arménien".

     Mais si on vous dit "Assyrien", vous allez d'abord entendre "Syrien" et il va falloir qu'on vous redise, en articulant, "Assyrien" pour que vous vous aperceviez que ce mot ne vous évoque rien, sinon quelques vagues souvenirs de collège ou de catéchisme et, peut-être, les mélomanes feront un lien avec l'opéra Nabucco de Verdi. 

     Alors quand on vous dira que les Assyriens ont perdu près de 75% de leur population totale au cours d'un crime de masse au début du 20ème siècle, vous vous demanderez quelle classe d'école vous avez sauté pour ne pas vous en souvenir. Mais rassurez-vous, même en étant un très bon élève, vous ne pouviez pas vous en souvenir parce qu'on ne vous l'a jamais appris.

     L'année 1915 est une annus horribilis pour l'histoire des hommes. L'une des plus merveilleuses inventions de l'homme, l'avion, se révelait être un formidable outil pour la guerre, la fleur au fusil laissait la place à la boue des tranchées, le panache des charges de cavalerie laissait place à la lâcheté de l'Ypérite et des gaz de combat, les toutes jeunes nations australiennes et néo-zélandaises abreuvait de sang les plages des Dardanelles, toute l'Europe s'enflammait sur terre, sur mer, sous la mer et dans les airs et les Ottomans entamaient un programme d' "ottomanisation" et d'islamisation de leur empire, en tentant d'exterminer les Arméniens dont les rebellions et les accoitances avec l'ennemi russes justifiaient à leurs yeux le traitement mais aussi de liquider les nombreuses communautés chrétiennes des actuelles Turquie, Syrie et Irak. Ces communautés chrétiennes de Mésopotamie portaient plusieurs noms selon leurs Eglises et leurs origines géographiques: Nestoriens, Syriaques, Syriens, Assyriens, Chaldéens ou Assyro-Chaldéens. porte de ninive

     En fait, ces communautés étaient les plus anciens peuples chrétiens de l'histoire. Evangélisés au 1er siècle, alors que les Romains donnaient les chrétiens en pature aux lions, les Mésopotamiens n'étaient nuls autres que les descendants des fiers empires Assyriens et Babyloniens, avant que ceux-ci ne soit balayés par les Perses, eux-mêmes balayés par les Grecs, eux-mêmes balayés par les Romains, eux-même balayés par les Arabes, et ainsi de suite. Malgré ces différentes invasions et malgré l'établissement des califats arabes musulmans sur tout le Moyen-Orient autour du 8ème siècle, ces populations chrétiennes conserveront leur identité et jusqu'à leur langue, l'araméen qui était la langue courante des bords de l'Euphrate jusqu'à Jérusalem aux temps de Jésus-Christ et des premiers chrétiens. En effet, dans les provinces romaines de Judée, Samarie et Gallilée, on parlait l'araméen, importé de Babylone lors du retour des Juifs à Jérusalem sous Néhémie. Seuls les érudits parlaient le Grec, seuls les prêtres utilisaient encore l'hébreu comme langue liturgique et très peu parlaient le latin de l'occupant romain.

     Conservant leur langue et leur religion, se mêlant peu aux conquérants arabes, les chrétiens d'Orient traversèrent les siècles avec relativement peu d'encombres mais en se retirant de plus en plus dans des regions reculées et montagneuses, abandonnant toujours plus de terre et de pouvoir aux musulmans qui s'étendent en Afrique, en Asie et en Europe avec la conquète de l'Espagne. L'apogée de la puissance musulmane sera certainement en 1453 lorsque tombe l'emblématique cité chrétienne de Constantinople, capitale de l'Empire Romain d'Orient et siège de l'Eglise Catholique Orthodoxe. Mais pourtant le reflux s'annonce. Grenade tombe en 1492 et les Ottomans échouent devant Vienne en 1529. Dès lors, et malgré quelques soubressauts (La dernière bataille pour Vienne aura lieu en 1683), l'Islam recule. Plus alarmant encore, l'âge d'or d'un Islam ouvert, hétérogène, parcouru de courants de pensées divers et inspiré de philosophies et de sciences étrangères se termine et la société musulmane suit de près le déclin de l'Empire Ottoman qui petit à petit perd des possessions et son influence. Au 19ème siècle, Français et Britanniques en Méditérannée profitent de la faiblesse ottomane en Afrique pour s'emparer du Maghreb et de l'Egypte, les Marines américains viennent combattre les pirates barbaresques à Tripoli et les nations des Balkans obtiennent graduellement leurs indépendances. ar 329

     Déjà, au cours du 19ème siècle, les populations chrétiennes de l'Empire commencent à subir la haine des musulmans qui les soupçonnent de ne pas être loyaux. Plusieurs massacres ont lieu contre les populations chrétiennes à partir des années 1880 et préfigurent ce qui va suivre. Au début du 20ème siècle, l'Empire Ottoman est sur le point de s'effondrer et connait un vif repli identitaire islamique et d'ethnie turque. Lorsque la Grande Guerre éclate en 1914, les Ottomans se rallient aux Empires Centraux de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, espérant bien renouer avec la puissance et l'influence.

     Mais pour retrouver la gloire des grandes heures de l'Empire, comme dans tout empire en déclin, les dirigeants ottomans véhiculent un nationalisme et une identité ottomane qui ne tolèrent plus, tout à coup, les arméniens et mésopotamiens, bref, les chrétiens. Le mythe de l'ennemi intérieur qui sape la nation, que l'on avait entrevu avec l'affaire Dreyfus et qui aboutira au Nazisme allemand est un phénomène global qui n'épargne pas les Ottomans.

     Si les Arméniens ont montré, à plusieurs reprises avant la guerre des vélléités de révolte et d'indépendance, au besoin par des actions violentes et s'ils se sont majoritairement ralliés à la Russie ennemie au début de la Grande Guerre, les Assyro-Chaldéens, dans leur grande majorité vivent au coeur de l'empire depuis des siècles et ne représentent aucune menace pour les Ottomans. Seule leur foi pose problème et les rend suspects.

     Les exactions commençent en même temps que celles contre les Arméniens. Les Ottomans arment des milices kurdes pour massacrer les populations et occuper les terres et les villages. Peuple fier, rude et montagnard, les Assyriens ne se rendent pas sans combattre mais la violence et la barbarie des Kurdes, associée à la puissance militaire classique de l'armée ottomane ne laisse que peu de chances aux défenseurs Assyriens et à leurs familles. La région du Tur-Abdin, qui signife "Montagne des adorateurs de Dieu" dans l'actuel sud-est Turc, est passée au fil du poignard et les massacres sont gigantesques. La résistance assyrienne se concentre autour des Eglises qui servent souvent de fortifications et ou les Assyriens parviennent parfois à ammasser suffisamment d'armes et d'eau pour soutenir un siège de plusieurs semaines. Mais, inévitablement, sans renforts ni secours, les poches de résistance finissent toutes par tomber et il n'y a guère que dans une interminable fuite que les Assyriens trouvent un peu de répit.

     La chute de l'Empire Ottoman n'y changera rien, les massacres continueront sporadiquement jusqu'à ce que les régions assyriennes soit quasiment vides. Le protectorat français sur la Syrie permettra à certains d'entre eux de se mettre à l'abri mais le bilan de cette "ottomanisation" est lourd. D'après des études récentes, on estime qu'entre 500 000 et 700 000, soit 75% de la population assyro-chaldéenne a disparu sous les armes ottomanes et kurdes entre 1915 et 1920, un taux de pertes supérieur à tous les autres durant ce conflit.   0b377e5da9fefa5174ab9eb99cf9b8ce

     Et si seulement le massacre était terminé... Les Arméniens obtiennent, avec la chute de l'Empire Ottoman, l'indépendance de l'Arménie mais les Assyriens, Chaldéens et Syriaques vivent à présent dans plusieurs états, la nouvelle Turquie, la Syrie sous protectorat français et le Royaume d'Irak sous protectorat britannique. Les Assyriens d'Irak crurent pendant quelque temps qu'un état Assyrien serait établi grâce aux britanniques. Une formation militaire assyrienne, les Assyrian Levies, fut même constituée pour soutenir les britanniques contre les révoltes arabes et kurdes. Mais à partir de 1932 et la fin du mandat britannique, leur sort prit à nouveau un tour tragique. Le refus de l'Irak, ainsi que de la puissance mandataire française en Syrie, de leur accorder un territoire autonome conduisit à de nouveaux massacres de plusieurs milliers d'entre eux aux mains des troupes irakiennes.

     Par la suite, tout au long de la deuxième moitié du 20ème siècle, les Assyro-Chaldéens de Turquie et d'Irak seront constamment harcelés et persécutés, les conduisant à l'exode, le plus souvent en Europe, en Amérique ou en Australie. Ils n'exisent quasiment plus en Turquie, beaucoup se sont réfugiés en Syrie, au Liban, en Israël ou ils sont relativement à l'abri mais l'exode continue même depuis cette relative tranquilité. catholic

     L'Irak contient encore la plus grande concentration d'Assyro-Chaldéens mais la dictature de Saddam Hussein qui voulait les assimiler de force et notamment éradiquer l'araméen a laissé place aux fanatiques d'Al Qaeda et à un certain nombre de groupuscules qui s'en prennent aux chrétiens de façon aussi sauvage que systématique. On ne compte plus les assassinats, enlèvements, décapitations, viols, fusillades, attentats et incendies que subissent les chrétiens d'Irak. Depuis l'invasion anglo-américaine de 2003, ce sont plus d'une centaines d'églises qui ont été attaquées à l'explosif. On garde bien sûr en mémoire la prise d'otage à la cathédrale Notre Dame de la Délivrance de Bagdad, ou les combats entre terroristes et forces de l'ordre ont causé 58 morts et une soixantaine de blessés, en majorité des paroissiens.

     On l'aura compris, ce que les Turcs ont commencé au cours du 19ème siècle, à savoir le nettoyage ethnique et religieux du Moyen-Orient, est bien toujours en cours, à l'heure ou ces lignes sont écrites. Les Juifs ont été massivement explusés de la plupart des terres musulmanes après 1948 et les Assyro-Chaldéens et Syriaques, par une politique discrète mais constante des autorités du Moyen-Orient musulman continuent d'être poussés vers la sortie d'une terre à laquelle ils appartiennent pourtant depuis le commencement de l'histoire. Les musulmans, conduits par les extrémistes islamistes contre lesquels, finalement, personne ne proteste vraiment, se crééent ainsi petit à petit une terre musulmane "virginale", libre de toute influence ou religion différente, définition même d'un nettoyage ethnique et culturel. Les Assyriens, qui ne sont pas arabes et qui sont chrétiens, deviennent ainsi d'authentiques martyrs, pour une fois que ce mot n'est pas galvaudé.

     Pour ma part, le mot "Assyrien" m'évoque les terribles guerriers de Nabuchodonosor ou de Tiglath-Pilezer doit je lisais les exploits militaires dans la Bible quand j'étais enfant. En grandissant et en m'intéressant à l'histoire, j'ai découvert la complexité et les merveilles de ces civilisations mésopotamiennes. L'invention de l'écriture par les Sumériens, le code Hammourabi considéré comme le plus ancien recueil de textes de lois de l'histoire, les merveilles architecturales de Babylone ou de Niniassyrie14ve, dont les portes et les bas-relief sont la fierté de nombre de musées archéologiques, la majestueuse et splendide porte d'Ishtar sont autant de choses qui me font rêver et qui forcent mon admiration pour ces peuplades antiques qui ne sont pourtant pas en odeur de sainteté dans la Bible. Et il faut rappeler que, les premiers, les descendants de ces peuples si importants dans l'histoire, ont embrassé le christianisme et l'ont propagé vers l'Asie et l'extrème-orient, au point qu'il existe en Chine une stèle chrétienne écrite en araméen et en chinois datant du 7ème siècle et que l'on retrouve des traces du christianisme oriental jusqu'en Indonésie.

 

     Comment, ainsi, rester insensible à cet assaut contre la mémoire des hommes et au crime contre l'humanité que représente l'élimination silencieuse des Assyro-Chaldéens Syriaques de leur terre ancestrale, entamée en 1915 par le Seyfo, un mot qui n'aura malheureusement jamais la notoriété de celui de Shoah, mais qui désigne bien la même chose: un crime de masse contre une peuplade antique, contre une foi originelle et contre une culture ancestrale au nom d'une idéologie irréaliste et sectaire, pureté de la terre d'Islam dans l'un, pureté de la race aryenne dans l'autre?

 

     Le sang des Assyriens a déjà trop coulé mais rien ne semble devoir arrêter l'hémorragie et il emporte avec lui une grande partie du patrimoine de l'humanité, dans une silencieuse extinction dont je viens, il y a peu seulement, d'apprendre l'histoire et de réaliser l'importance.

     Comme l'a dit le roi Salomon dans l'Ecclésiaste, à l'époque ou l'Empire Assyrien montait en puissance: "Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur". En effet, le sang des Assyriens me fait mal.

 

Deux films à voir sur le sujet: Les Derniers Assyriens & Seyfo l'élimination de Robert Alaux 

http://www.docorient.com/index_fr.html

Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 03:53
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Dans la nuit du 17 au 18 mars 2011, je suivais avec impatience les négociations à l'ONU qui devaient aboutir à une résolution permettant d'intervenir militairement contre les forces de Kadhafi qui, au même moment, entraient dans les contreforts de Benghazi avec la ferme intention d'y commettre un massacre.

 

 

rafale07.jpgLorsque la résolution a enfin été votée, après avoir été brillamment défendue par le Ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, j'ai immédiatement publié sur mon blog un message d'encouragement et de soutien aux aviateurs français qui allaient s'envoler pour sauver Benghazi.

 

http://mothys.over-blog.com/article-les-ailes-de-la-france-69569005.html

 

 

En détruisant les blindés et l'armement lourd des forces loyalistes, l'Armée de l'air, suivie de près par la Royal Air Force, a clairement sauvé Benghazi d'un sort terrible et a permis aux rebelles du Conseil National de Transition de reprendre graduellement l'initiative. Comme a chaque offensive aérienne, des non-initiés à la guerre et encore moins à la guerre aérienne ont fulminé contre ce qu'ils estimaient être l'inefficacité des frappes aériennes et la lenteur de la progression des évènements. Mais comme à chaque fois, la maitrise du ciel et la permanence au-dessus du théâtre d'opérations ont permis à l'aviation de se rendre maitre de la Libye, sans qu'un soldat ne soit obligé de poser le pied sur le sol libyen. Harcelés et pilonnés par les avions de la coalition très largement mené par la France et la Grande-Bretagne, les forces loyalistes ont fini par s'effondrer et, comme à chaque fois, c'est avec une certaine surprise qu'on a appris la soudaine percée des rebelles et la prise de Tripoli, après plusieurs semaines sans avancée majeure.

 

262303.jpgOn nous prédisait ensuite une longue et douloureuse résistance à Syrte et à Bani Walid qui sont finalement tombées, certes dans de durs combats mais sans l'acharnement de type Stalingrad que certains envisageaient. Le 20 octobre 2011, l'aviation alliée dont plusieurs avions français est dirigée vers un convoi armé loyaliste qui fuit la ville de Syrte. Dans ce convoi stoppé net par les tirs des chasseurs se trouve le Colonel Mouamar Kadhafi, le sanguinaire et mégalomane dictateur libyen qui trouvera la mort dans des conditions qui restent à éclaircir.  

 

 

Sa mort  signife la fin définitive de la Jamahirya, la révolution libyenne qu'il avait initié quand il était un jeune capitaine de 27 ans et qui avait conduit à un grand n'importe quoi, mélange de volonté impérialiste en Afrique, de socialisme nationaliste en économie intérieure, de pouvoir arbitraire d'une famille et d'un clan avec des détails sordides comme le soutien au terrorisme et  aux mouvements subversifs de par le monde ou sa garde prétorienne "amazone" entièrement composée de femmes soldats vierges spécialement entraînées à sa protection et à ses fantasmes.

 

Je critique souvent vertement la France et la politique étrangère française et c'est donc avec un grand plaisir que je salue cette intervention française qui a contribué à offrir au peuple libyen une chance de liberté et de libre choix de ses institutions et de son gouvernement. Personne ne peut garantir que cela débouchera sur une situation meilleure et les choses peuvent très mal tourner mais la France aura au moins essayé et ouvert une fenêtre d'opportunité.

 

Je tire mon chapeau ce soir aux aviateurs français, mes camarades que j'admire et que je respecte. Je suis fier de leur action, de leur efficacité et je suis soulagé qu'ils rentrent tous chez eux sans pertes, ni au combat, ni par accident. Hommage à tous, navigants, arpètes, pétafs, pailleux et tous ceux qui ont su accomplir ce travail bien ficelé. Sous vos cocardes tricolores, c'est la liberté qui volait dans le ciel libyen et c'est à vous que les libyens doivent leur chance d'une vie meilleure.

 

Mesdames, Messieurs les aviateurs qui portez les couleurs de la France sur vos épaules, je vous salue.

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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 04:21
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     Mes lecteurs me permettront de ne pas me livrer à un rappel exhaustif des faits pour la simple et bonne raison qu’on ne les connaît pas. On sait que Dominique Strauss-Khan a été arrêté à New-York et inculpé pour sept chefs d’accusations résumés en un seul : agression sexuelle sur une employée de l’hôtel Sofitel ou il séjournait. Les choses seraient simples, rapides et passeraient inaperçues si c’était vous ou moi. Las, il s’agit d’un ancien ministre français, candidat à la primaire socialiste de 2007, directeur général du Fonds Monétaire International depuis 2007 et pressenti pour être candidat à la primaire socialiste de 2012 avec une victoire garantie (ou presque) à la primaire et une victoire garantie (ou presque) contre le président sortant en 2012. 

       En France, depuis le 15 mai 2010, c’est un émoi considérable qui s’est abattu sur la campagne présidentielle, sur le camp socialiste comme sur le camp centriste-gaulliste et sur l’ensemble ou presque des français qui, d’un bord ou de l’autre, pouvaient difficilement échapper au matraquage incessant des sondages et des enquêtes d’opinions annonçant un Armageddon final entre Sarkozy et Strauss-Khan en mai 2012, avec une victoire plus que probable de l’improbable messie de gauche, après l’échec (présenté comme tel) de l’improbable messie de droite. Les cartes sont redistribuées, la Guerre des Deux n’aura pas lieu, nous ne verrons pas l’affrontement apocalyptique, sur la terre de France, entre l’insatiable Tyran du Danube (Nicolas Sarkozy est d’origine hongroise) et le Guerrier Mongol que rien n’arrête ( Khan est le titre des conquérants et chefs Mongols Gengis Khan, Ogotaï Khan et Kubilaï Khan pour les plus connus ).

      Personnellement, ce coup de théâtre dans une course à la présidentielle écrite d’avance me plait assez. Dominique Strauss-Khan était quasiment élu avant d’être même candidat, tant il était présenté comme vainqueur par K.O. avant d’avoir assené le moindre uppercut, et cette petite leçon d’humilité et de remise en cause adressé à tous ceux qui pensaient que c’était joué d’avance est très salutaire. Mais le fait est que, au delà du New Deal électoral auquel nous contraint l’Etat de New-York, l’arrestation et la mise en examen de DSK ont déclenché, dans notre beau pays de France, des réactions étonnantes, des commentaires surprenants et surtout ont lâché une belle bombe à retardement dans la société française qui n’en n’avait pas franchement besoin, à moins qu’elle n’en ait eu, au contraire, que trop besoin.

 

La dague de Concini ou le jupon de Mancini ?

 

     Lorsque la nouvelle tombe, en ce 15 mai 2011, je reçois dans la nuit un message du journal Le Monde sur mon Iphone disant simplement que Dominique Strauss-Khan a été arrêté à New York pour agression sexuelle. Lucidité désinhibée d’un cerveau endormi ou conscience acerbe de la réalité de la nature humaine, ma réaction ne fut qu’un sourire en coin et un haussement d’épaules. A l’instant ou je reçois ce message, je ne suis absolument pas étonné ni surpris. Je prends l’information et, en un tour de cerveau, ma conclusion tombe : « rien d’étonnant, c’est logique ».

Le lendemain, comme beaucoup de monde, je regarde la télé en boucle, j’écoute la radio en voiture, je lis tout ce que je peux trouver. Et je suis surtout sidéré des réactions des proches de Dominique Strauss-Khan qui nous jurent la larme à l’œil que c’est faux, qu’il y a erreur, que ce n’est pas l’homme qu’ils connaissent (alors que tous connaissent les déboires de harcèlement sexuel que DSK a eu au FMI) que c’est peut-être une machination, un complot. Sarkozy, dont la petite taille le rapproche de deux de nos plus grands stratèges et tyrans, Louis XIV et Napoléon Ier, ne peut être étranger à un assassinat politique de si grande ampleur, jure t’on déjà dans certaines échoppes et bars PMU. Après tout, ce ne serait pas la première fois dans l’histoire qu’un opposant politique est éliminé par des moyens peu recommandables.

      C’est là qu’en amateur d’histoire, je reste sans voix. Il est tout à fait exact que nombre d’opposants politiques, réels ou supposés, ont péri physiquement ou moralement sous les coups de nos tyrans favoris. On pense au sort de Charles le Téméraire, incontrôlable Duc de Bourgogne et bête noire de Louis XI, on pense à l’amant de Marie de Médicis, Concino Concini, brutalement assassiné à Paris par l’entourage ambitieux du jeune roi Louis XIII, on pense à la Fronde ou Mazarin s’en prit au Grand Condé, on pense à tous les opposants raccourcis par Robespierre avant d’être lui-même raccourci par des opposants et on pense à Napoléon Ier faisant arrêter et exécuter sans preuve et sans procès le jeune Duc d’Enghien qui n’était pas responsable de l’attentat de la Rue Saint-Nicaise mais qui était bien coupable de porter malgré lui les espoirs des royalistes. Les éliminations politiques font partie de notre histoire et il serait très naïf, en effet, de penser que notre démocratie républicaine nous met à l’abri de telles exactions, il suffit de se pencher sur le rôle de Chirac sur la défaite de Giscard d’Estaing pour s’en convaincre.

       Mais ceux qui, passant pour des grands connaisseurs d’histoire, veulent inscrire le sort de DSK dans cette lignée passent étrangement sous silence un autre des faits habituels de notre histoire, à savoir le rapport de nos rois, empereurs, présidents du conseil ou président de la République avec le sexe. A moins de considérer qu’Henri IV était un séducteur hors-pair et Louis XIV doté d’un sex-appeal totalement irrésistible, il ya fort à parier que leur comportement envers la gent féminine serait passible de jugement et condamnation pour harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol s’il avait lieu aujourd’hui. Et si l’on considère que DSK risque 75 ans de prison pour une seule agression sexuelle qui a duré quelques minutes, on reste songeur face à l’ampleur des peines encourues par des dirigeants qui profitaient chaque soir de leur pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles, certes consenties théoriquement mais sous une pression morale, politique et financière telle qu’il était en fait suicidaire à de nombreux niveaux, pour soi et ses proches, de ne pas être consentante. Si le meurtre politique est en effet un sport national, le fait est que le « baisodrome » était également le stade préféré de nos chers dirigeants et élites et qu’ils pratiquaient l’agression sexuelle avec une assiduité sportive remarquable !  C’était également vrai à des niveaux sociaux beaucoup plus faibles, comme l’a justement rappelé Jean-François  Khan (encore un ?) en parlant de « troussage de domestique » ou les serviteurs et servantes servaient parfois (souvent ?) d’essuie-tout aux appétits sexuels de leurs « maîtres ». Ce qui est triste dans les paroles de Jean-François Khan, c’est qu’un homme de gauche, donc théoriquement progressiste et égalitariste puisse se laisser aller à justifier le comportement de DSK en faisant appel à des notions contre lesquels le Siècle des Lumières et la Révolution Française se sont élevés. Quand je dis que nous n’avons pas terminé la Révolution Française, ai-je donc tort ?

     Dominique Strauss-Khan, j’en ai parlé plus haut, a reconnu lui-même ses ennuis de harcèlement sexuel envers une employée du FMI et d’après ses fidèles, il s’attendait à être attaqué pour son soi-disant amour des femmes. Le comportement de DSK avec les femmes était connu voire redouté, y compris par ses conseillers et lorsqu’on regarde la longue tradition de prédation sexuelle de nos « puissants » à travers l’histoire, il est pour le moins étonnant de s’offusquer et d’en appeler immédiatement au complot. Le complot politique est plausible dans sa position, l’agression sexuelle gratuite l’est tout autant.

 

Lynchage ou présomption d’innocence ?

 

     J’ai été sidéré par la levée de boucliers des amis de DSK qui, souvent en tentant de faire passer leur amitié pour un principe républicain, ont vilipendé et presque insulté la justice et les fonctionnaires de police de l’Etat de New-York pour le traitement, selon eux inhumain, qui a été réservé à leur ami.

     Dominique Strauss-Khan a été emmené au tribunal de New-York les poignets menottés dans le dos, sans cravate ni ceinture, avec une barbe de vingt-quatre heures, entouré par des policiers new-yorkais en costume cravate. La scène a duré quelques secondes, le temps de rejoindre une voiture de police ou DSK a été installé. On revoit DSK, dans le même état mais sans ses menottes, présenté à l’austère juge américaine qui ne lui fait aucun quartier.

Ces deux scènes ont été jugés par l’ensemble des politiciens de gauche, une bonne partie de la presse française et des artistes comme choquantes et dégradantes, portant atteinte à la présomption d’innocence à laquelle a droit tout prévenu. Le summum est venu de Bernard Henri-Levy qui clame que « rien au monde n'autorise à ce qu'un homme soit ainsi jeté aux chiens. »

      N’en déplaise à Monsieur Henri-Levy et à tous ceux qui réclament à corps et à cris que l’on respecte la présomption d’innocence, Dominique Strauss-Khan a été traité selon des procédures et de véritables tactiques policières dont l’unique but est d’assurer la sécurité de tous. Nul ne peut savoir comment un prévenu va se comporter entre les mains de la maréchaussée et beaucoup de policiers ont payé de leur vie, de leur santé, de leur carrière et de leur réputation de n’avoir pas tout fait pour s’assurer de la sécurité de tous. Combien d’innocents se sont pendus avec leurs lacets de chaussures aux barreaux d’une prison parce que le simple fait d’être soupçonné et accusé leur était insupportable ? Combien de prévenus ont, sur un acte prémédité ou un coup de folie, saisi l’arme d’un policier pour s’évader pendant les transferts ? Combien de justiciables ont « pêté un plomb » sous la pression et se sont mis à distribuer coups de poings et coups de têtes à tout ce qui passait à leur portée ?

      Les policiers de New-York ont-ils participé à un lynchage médiatique, comme ils en sont accusés par les élites françaises, ou ont-ils au contraire limité par leur respect strict des procédures le risque d’un coup de folie d’un homme qui, quelques heures auparavant était l’un des maîtres du monde et qui aurait pu ne pas supporter psychologiquement cette déchéance ? Je n’ose penser aux cris d’orfraies des mêmes élites si DSK avait tenté de se supprimer à cause de la mansuétude des policiers ou bien si les caméras l’avaient filmé sautant à la gorge d’un policier ou d’un journaliste avant d’être maîtrisé à coups de Taser et de matraques !

     La présomption d’innocence ne saurait être détournée pour essayer de sauver les meubles d’une carrière politique terminée ! La présomption d’innocence, qui a d’ailleurs été appliquée au Royaume-Uni et aux USA bien avant que la France n’en comprenne le sens, ne veut pas dire qu’il faut traiter un prévenu comme s’il était innocent pour préserver sa réputation. La présomption d’innocence, c’est la garantie qu’ont tous les citoyens qu’ils ne seront pas privés de liberté ou soumis à des châtiments sans avoir été jugés, sans avoir eu le droit de se défendre et sans avoir été formellement condamné au cours d’une procédure équitable et devant une justice égale pour tous les citoyens. La présomption d’innocence, c’est surtout la fin de la justice hérité des modèles féodaux. Ce n’est en aucun cas  la préservation d’une réputation et d’une image publique, c’est la protection contre l’arbitraire et contre les condamnations tyranniques. Dans le cas de DSK à New-York, la présomption d’innocence est parfaitement respectée dans la mesure ou il a droit à un procès, qu’il aura le droit d’être confronté à son accusatrice, qu’il pourra présenter et faire valoir des éléments pour sa défense et demander son acquittement . Dominique Strauss-Khan aura le droit d’être jugé, entendu et défendu et alors qu’il y a des charges lourdes qui pèsent contre lui, il a tout de même été remis en liberté sous contrôle judiciaire. Je souhaite rapprocher son sort de celui des accusés d’Outreau, emmenés en prison par des gendarmes aux crânes rasés, en tenue de combat, armes en évidence et placés en détention provisoire pour 3 ans, sans preuves, sans pouvoir se défendre, sur la base de divagations incohérentes et confuses d’une foldingue et sur la base de l’inexpérience et l’arrogance d’un jeune magistrat livré à lui-même. Certes, les accusés d’Outreau ont eu peut-être le visage caché par un blouson de gendarme en entrant au tribunal pour ne pas porter atteinte à la présomption d’innocence mais les trois ans de détention provisoire sans preuve portent eux une atteinte directe au principe que nul ne doit être privé de liberté sans un procès équitable. Dominique Strauss-Khan a peut-être eu droit à un lynchage médiatique, tout comme les accusés d’Outreau d’ailleurs, mais il n’a pas eu droit à un lynchage judiciaire sans preuves comme il y en a eu si souvent dans les annales de la justice française.

     Sur le sort réservé par la justice américaine à DSK, le mot de la fin revient encore un fois à Bernard Henri-Levy qui s’indigne : « J'en veux, ce matin, au juge américain qui, en le livrant à la foule des chasseurs d'images qui attendaient devant le commissariat de Harlem, a fait semblant de penser qu'il était un justiciable comme un autre. » Par cette simple phrase, un philosophe français, donc héritier de ses prédécesseurs des Lumières, atteste formellement que tous les citoyens ne sont pas égaux devant le droit.  On s’en doutait un peu, à vrai dire, mais c’est toujours une sensation étrange de s’entendre dire de telles vérités qui vont à l’encontre de tout ce qu’on a appris et du discours officiel de la République. Certains citoyens, en France, ne sont pas des justiciables comme les autres, il y a quelque chose en eux qui les soustrait à l’application commune du droit et qui leur confère un certain niveau de privilèges, pour être poli, ou de complaisance pour ne pas dire de complicité si on veut être impertinent. La nuit du 4 août 1789, dont on s’enorgueillit comme étant l’acte fondateur de l’égalité des citoyens par l’abolition des privilèges, est bien terminée et l’aube d’une nouvelle forme de castes sociales et de privilèges de classe est bien entamée, sans doute depuis longtemps d’ailleurs.

 

Excès du puritanisme américain ou excès du libertinage français ?

 

     Encore une fois, les élites françaises ont décidé d’affronter l’affaire DSK en jouant la carte de l’anti-américanisme. On l’a vu, nombre de commentateurs ont attaqué de façon aussi brutale qu’hasardeuse le système judiciaire américain en essayant de le faire passer pour un système barbare et archaïque, hérité de la justice des Westerns de Sergio Leone. Mais beaucoup ont aussi vilipendé le protestantisme dominant, l’héritage puritain et de manière générale, le caractère anglo-saxon beaucoup trop rigide et fermé sur les questions sexuelles, glorifiant de facto le caractère latin ouvert d’esprit et des cuisses, sachant profiter des plaisirs de la vie et ayant atteint une maturité avancée sur les questions sexuelles.

     Une fois de plus, la litanie des lieux communs et des arguments faciles dans la bouche de nos élites me laisse sans voix. Quiconque connaît un tant soit peu les USA sait que, comme la France, ce pays n’est pas du tout homogène dans ses idées, ses mœurs et ses modes de vie. Pour paraphraser les Chevaliers du Fiel, les américains sont plus de 300 millions et ne bouffent donc pas tout les midis ensemble ! Il n’y a pas une Amérique mais des milliers, pour ne pas dire des millions. Les anglo-saxons protestants du sud ne sont pas les mêmes que les noirs musulmans du Bronx, les latinos catholiques d’Arizona ne ressemblent guère aux blancs mormons de l’Utah, les hawaïens asiatiques n’ont rien en commun avec les allemands du Wisconsin et les Cajuns de Louisiane n’ont pas grand-chose à voir  avec les Inuits d’Alaska. Vouloir cataloguer les américains dans le même moule restrictif est tout simplement idiot et totalement indigne de gens qui ont fait de longues études et prétendent diriger notre pays. On dit souvent que les américains sont nuls en géographie parce qu’ils ont du mal à situer la France et preuve est faite que les français ne sont pas meilleurs puisqu’il suffit d’avoir suivi les cours d’histoire-géo au collège pour comprendre les bases de la démographie américaine !

     Quant au puritanisme américain, là encore, un rapide survol de l’histoire américaine permet de comprendre que le puritanisme est un petit phénomène de l’histoire américaine, limité dans le temps et l’espace et que qualifier l’exigence morale de la politique américaine de puritanisme est imbécile. Les puritains, comme leur nom l’indique, étaient des fondamentalistes extrémistes qui appliquaient avec une rigueur et souvent une imbécillité exacerbé ce qu’ils considéraient comme les principes bibliques, en mélangeant souvent sans grand discernement des traditions extrêmes de l’Ancien Testament et les valeurs du Nouveau Testament en espérant créer sur terre une sorte de société chrétienne idéale qui favoriserait le retour du Christ. Aux USA, même les plus fondamentalistes ont pris leurs distances avec les excès de ces communautés, symbolisés par l’atroce sort des « sorcières de Salem » et même les communautés religieuses plus ou moins fermées et passéistes des Amish et autres Quakers sont beaucoup plus ouverts que les puritains qui, par ailleurs, étaient très localement installés en Nouvelle-Angleterre et au Massachussetts et non dans l’ensemble des colonies américaines, et dont l’existence même en tant que communauté a aujourd’hui disparu.   

     Quant à New-York, ou DSK a été arrêté par les « puritains », elle a été considérée quasiment dès sa création comme la Sodome et Gomorrhe de l’Amérique, l’infâme Babylone, la Tour de Babel aux multiples langages, le lieu de perdition par excellence avant la création de Las Vegas et Atlantic City, royaume des mafias et des gangs, principauté des marchands du temple, ou les artistes immoraux rivalisent de persversion avec les barons de la drogue et de l'alcool, forteresse arrogante des musiques diaboliques, enfer sur terre ou rien ni personne n'échappe au Mal. Même les équipes sportives des Knicks, des Yankees, des Giants et des Rangers sont connues pour leur rudesse et leur brutalité malfaisante, associée à un langage perpétuellement ordurier. Rudolph Giuliani, l'emblématique maire de New-York, pourtant républicain conservateur et reconnu pour son nettoyage systématique de la ville de son cancer criminel, en est lui-même à sa 4ème épouse. C'est dire le niveau de puritanisme qui règne dans la ville ou Andy Warhol et Woody Allen sont les grands prêtres!  Le film "Gangs of New York" de Martin Scorsese reflète très bien ce que l'américain moyen pense de New-York!

     Dans la réalité de la vie aux USA, le puritanisme en tant que mode de vie n’est pas davantage exact. La culture populaire américaine exalte et met en avant la liberté de mœurs californienne, les films de Hollywood ne véhiculent absolument pas un message puritain ni même chrétien, la musique et les différents styles musicaux pas davantage et les USA comptent nombre de groupes musicaux, de rap, de hard rock ou d’autres styles qui attaquent frontalement le modèle protestant dominant ou sont ouvertement satanistes, anarchistes ou païens. En matière sexuelle, les USA sont le leader mondial du cinéma pornographique et repoussent souvent des limites que les français, pourtant considérés comme des obsédés sexuels, ne franchissent pas. Enfin, quelque soit le modèle religieux dominant en France ou aux USA, les chiffres des divorces, familles recomposées, filles mères, adultères et enfants illégitimes sont parfaitement comparables ou, en tout cas, ne permettent pas de favoriser un modèle plus qu’un autre. Quant aux fondamentalistes protestants américains, s’ils sont plus visibles que leurs homologues catholiques français, ils sont nettement moins sectaires et effrayants que ces derniers qui glissent trop souvent vers l’extrême-droite ou des opinions politiques passéistes (monarchisme, bonapartisme, etc…) et des postures sociales et raciales franchement inquiétantes.

      Les commentateurs et la presse française ont eu vite fait, pour appuyer leur dénonciation du puritanisme américain dans l’affaire DSK, de comparer Dominique Strauss-Khan et un illustre amateur de cigares, Bill Clinton, et de gloser sur l’intolérance américaine envers les écarts sexuels. Pourtant, dans les deux cas, ce ne sont en aucune manière les écarts moraux qui ont amené ces deux dirigeants devant les ennuis judiciaires. A aucun moment, le Président américain n’a été judiciairement inquiété pour avoir trompé sa femme, pas plus que Dominique Strauss-Khan n’est inquiété pour des parties de jambes en l’air. Les deux hommes sont inquiétés pour un accusation de crime fédéral dans le cas de Bill Clinton (mensonge sous serment) et pour une accusation de crime (agression sexuelle) dans le cas de Dominique Strauss-Khan. S’il n’avait pas menti sous serment, Bill Clinton n’aurait eu à affronter que l’ire des conservateurs américains et n’aurait eu qu’à se fendre d’une conférence de presse larmoyante pour demander pardon à sa femme. Le modèle protestant dominant déteste le péché mais raffole des pécheurs repentis et est prompt à accorder un pardon bienveillant au pénitent si celui-ci reconnaît ses torts. Mais, craignant pour son image, Clinton préfère nier, s’embourbant dans des définitions plus sordides les unes que les autres. De même, personne ne conteste à Dominique Strauss-Khan devant une cour de justice le droit de se taper une femme de chambre tant que les droits de chacun sont respectés. S’il y a effectivement eu agression sexuelle, acte sexuel sous la contrainte et viol, Dominique Strauss-Khan ne sera pas jugé pour son appétit sexuel mais bien pour des gestes criminels au regard de la loi. Il lui appartient ensuite de traiter en son fort intérieur et avec son épouse les questions de morale et de fidélité, la loi n’intervenant heureusement pas dans ce domaine.

     Il ne s’agit donc pas de défense du puritanisme ou de promotion du libertinage. Il s’agit d’une procédure judiciaire pour crime, contre un justiciable qui commet des actes illégaux, qu’ils soient sexuels ou non d’ailleurs. Les commentaires, par exemple d’Henri Guaino, conseiller spécial du Président de la République française, sur le fait que la France ne veut pas d’un puritanisme à l’américaine sont tout à fait hors-sujet et relève même d’un genre de xénophobie et de nationalisme honteux pour quelqu’un de son niveau. Le viol et l’agression sexuelle ne sont pas affaire de différences culturelles, surtout pas entre des nations aussi proches culturellement et psychologiquement que la France et les USA. Aux USA comme en France, ce sont des crimes et il n’y a pas lieu de comparer les mœurs françaises ou américaines si ce n’est pour mettre en lumière le fait que les américains affrontent ces crimes ouvertement et publiquement alors que les français ont tendance à les couvrir d’un voile de gêne et de silence.

 

 

     En guise de conclusion à ces réflexions sur une bien sordide affaire, force est de constater que de nombreux commentateurs politiques, journalistes, penseurs et artistes français se sont ridiculisés en parlant de cette affaire et ont, par lapsus révélateur ou par sincérité spontanée, prononcé des paroles très lourdes d’un sens qu’il est difficile de justifier. De par la bouche d’une certaine élite, d’autant plus dérangeante qu’elle se dit progressiste, la France est passée pour un pays féodal qui ne supporte pas la mise en accusation d’un de ses princes, un pays archaïque qui ne comprend pas le fonctionnement d’une justice équitable, un pays rétrograde qui cherche des justifications passéistes à un comportement inexcusable, un pays xénophobe qui rejette une culture étrangère sans chercher à la comprendre et un pays idiot parce qu’il se perd en conjectures infondées et en paroles insensées qui révèle soit une mauvaise foi latente, soit un manque évident de culture et de réflexion.

     Heureusement, nous ne sommes pas tous comme ça et je tire d’ailleurs mon chapeau au « Tyran du Danube », le Président Sarkozy, avec lequel je ne suis pas toujours d’accord loin s’en faut, mais qui applique très bien depuis le début de cette affaire le précepte enfantin de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler et si j’avais un simple conseil à lui donner, c’est bien de continuer à la tourner !  

Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 00:48
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407884 16735402 460x306Le vent et les pales d’un hélicoptère de Gendarmerie soulèvent aisément la fine couche de sable qui recouvre légèrement la Dune du Pilat, ce vendredi après-midi. Il est 17h et un spectacle grandiose mais angoissant s’étend sur plusieurs dizaines de mètres sur la Dune, face au poétique et paisible Bassin d’Arcachon. Presque 300 soldats, en tenue de combat, fermement harnachés et équipés, l’air décidé  à en découdre viennent de débarquer de bus militaires et ont gravi les marches en plastique de l’escalier qui amène généralement les touristes au sommet.

 

Les touristes qui passent par là, des personnes âgées pour la plupart, ont une attitude mal aisée face à ce déploiement de forces qui grimpent au son de leurs lourdes bottes la Dune du Pilat. Que se passe t’il donc, se demandent-ils ? La dernière fois qu’on a vu autant de soldats sur la Dune, c’était durant l’occupation ou bien était-ce en 1945 quand le Lieutenant-colonel Bigeard commandait une école de troupes aéroportées installée à l’Hôtel Haïtza tout proche ? Etrange spectacle, flashbacks de bons ou de mauvais souvenirs, ces soldats posent fièrement sur la Dune alors que l’EC145 de la Gendarmerie les survole et les prend en photo. Avec les blockhaus allemands au bas de la Dune, ces 300 soldats à la mine dure et l’hélicoptère, on se croirait bien en guerre ! Que le bon peuple se rassure, la seule guerre que ces soldats allaient livrer est celle d’une compétition acharnée, sportive et militaire ou ils allaient faire la preuve de leurs compétences, de leur sens de l’adaptation, de leur résistance. Leur seul ennemi, c’est eux-mêmes.

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Une compétition militaire est toujours quelque chose de particulier, ne serait-ce que par les tenues que portent les compétiteurs. Quelle idée saugrenue de grimper la Dune en tenue de combat, avec 15 kg sur le dos et en lourdes rangers de cuir, alors que la tenue prescrite en temps normal sur la Dune est composée d’un bob, d’un short et de tongs…

 

Et c’est en m’enfonçant d’une bonne dizaine de centimètres dans ce sable fin, constamment battu par les vents, que je m’élance à 17h03 à la tête d’un commando provenant de la Base Aérienne de Cazaux. J’ai avec moi trois personnalités marquantes, trois sergents de l’Armée de l’air, jeunes, combatifs, volontaires, pleins d’humour et de panache. De vrais aviateurs français, héritiers autant de la verve des Cadets de Gascogne que de l’effronterie des chevaliers du ciel de la Grande Guerre. Deux d’entre eux, Damien et Guillaume, sont des mécaniciens d’active, plus habitués au cambouis des ateliers qu’au « crapahut » commando, et davantage enclin à lire des notices techniques qu’une carte topographique. Sabrina, la troisième, est une instructrice réserviste dont le métier dans l’Armée de l’air est d’apprendre à de boutonneux jeunes civils comment devenir des militaires dignes de ce nom et qui est plus habituée au rythme du pas cadencé qu’elle enseigne aux jeunes recrues qu’à la cadence d’une marche commando. Quant à moi, plus intellectuel que physique et avec surtout une expérience de bureaux, de théories et d’état-major, n’ayant repris un entraînement sérieux que depuis 6 mois, je suis responsable de cette équipe qui, sur le papier, ne part pas avec les meilleurs atouts.

 

Nous cavalons la pente de la Dune sous les hourras de nos camarades de la base de Cazaux, organisateurs de l’épreuve mais qui ne peuvent s’empêcher de vibrer pour l’une des deux équipes qui défendent leur honneur. Leur soutien, tout au long des 24 heures du Raid sera d’ailleurs un formidable encouragement qui me permet de mieux comprendre l’impact de jouer à domicile sur la performance des sportifs.

 

Nous ne partons certes pas favoris mais rapidement, pourtant, je perçois dans mon équipe une force particulière. Guillaume et Damien, au milieu des blagues et des mimiques insolentes, sont de vrais battants, des locomotives en forme olympique. Sabrina, pourtant de constitution plus frêle, se révèle rapidement et suit la cadence de belle façon. Boulet de l’équipe sur les épreuves physiques, je garde le contact autant que je peux, essayant constamment de recoller à mes admirables locomotives. air_raid-202011_3.jpg

 

Le parcours n’est topographiquement pas difficile. De longues lignes droites et des balises aisément identifiables, sauf pour l’une d’entre elles, presque à la fin du parcours. La vraie difficulté de ce parcours, c’est le sable fin et les 200 mètres d’altitude de la Dune que nous remontons aussitôt après l’avoir descendue à la recherche de la première balise. La montée est dure et âpre. Le sable semble engloutir chacun de nos pas et rapidement, nous ressemblons aux montagnards de l’Everest qui doivent s’arrêter tous les trois pas. Les pieds commencent déjà à souffrir, dans d’interminables petits mouvements pour se stabiliser sur ce sable fuyant et c’est déjà essoufflés que nous arrivons à la deuxième balise, 1,5 km seulement après le départ. Dès cette première épreuve de force passée, il s’agit surtout d’endurance et de garder le rythme. Nous ne le savons pas encore mais le sable sera notre pire ennemi sur les 32 kilomètres du parcours.

 

Le seul incident notable de notre parcours, c’est la semelle de la rangers de Sabrina qui fait « le crocodile » et que nous essayons de réparer d’abord avec du ruban adhésif (Un vrai soldat a toujours du ruban adhésif sur lui), mais le sable agissant comme une ponceuse sur nos bottes, ces réparations ne tiennent pas jusqu’à ce que Sabrina récupère une chaussette abandonnée sur la plage pour s’envelopper la rangers. Avec sa chaussette de sport blanche sur la rangers, Sabrina nous attire rapidement les regards amusés du personnel d’encadrement qui se marre bien en nous voyant arriver.

 

Mais la marche continue, dans le sable et sur une piste cyclable qui sera pendant quelques kilomètres notre seul répit dans notre combat contre le sable fuyant qui nous épuise à presque chaque pas. L’eau de nos gourdes est très rapidement engloutie et il faut se ravitailler à tous les points de contrôle pour rester hydratés. La chaleur qui baigne le sud de la France depuis plusieurs semaines ne nous épargne pas, même alors que le soir s’avance et nos t-shirts et nos pantalons témoignent de l’eau que nous perdons dans l’épreuve.

 

Sur le parcours, parfois, nous partageons un bout de chemin avec d’autres équipes que nous finissons par distancer ou qui nous dépassent. Tout le long, nous faisons un chassé-croisé avec une équipe canadienne de la base de Toronto, très sympathiques et très vaillants dans un environnement totalement inconnu. Nous croiserons aussi la route des commandos belges, vainqueurs finaux de l’épreuve, et qui sont impressionnants de fraîcheur à mi-parcours, comme celle d’aviateurs allemands dont l’un d’entre eux porte le sac de son camarade sans sembler souffrir et qui se désigne à moi en riant comme un « Panzer », un char d’assaut, tant il avance sans faiblir avec sa double charge ! L’ambiance est très bon enfant et même pleine d’entraide entre participants. Le lieutenant suisse prêtera à Sabrina un nouveau rouleau de ruban adhésif pour sa chaussure et il n’est pas rare de voir des bouteilles passer d’une équipe à l’autre. Nous portons le même treillis ou nous sommes alliés et la compétition ne saurait faire oublier aux soldats l’esprit de corps et l’assistance entre camarades. Les allemands portent un treillis dont le camouflage ressemble à s’y méprendre à celui porté par les Waffen-SS durant la guerre et je me dis en souriant qu’il est dommage que nous ayons du en passer par 4 guerres (si l’on compte les invasions françaises des régions allemandes sous Napoléon Ier) 800px-Canadian Air Command flag svgpour que nous marchions ensemble en paix et avec le sourire. Quant aux canadiens, en discutant quelques minutes avec leur athlétique capitaine, je pense, non sans une certaine émotion, au courage de ces « caribous » robustes et fiables, excellents soldats par nature et qui ont lourdement payé, à Vimy, à Dieppe, en Normandie et en Allemagne, leur attachement à la France et au Monde Libre. Encore aujourd’hui en Afghanistan, les Canadiens sont souvent dans les plus durs combats et ils sont redoutables, comme en témoigne le record de distance d’un tireur d’élite canadien qui a abattu sa cible à presque 3 kilomètres de distance.

 

C’est d’ailleurs dans un mouchoir de poche avec eux que nous arrivons, après 6h58 de marche harassante, à minuit, à l’arrivée sur la base aérienne de Cazaux. Partis en 9ème position, nous arrivons 12ème sur 55 équipes, ce qui tend à prouver que, déjà, nous nous résistons bien face à une concurrence musclée. La dernière équipe, une équipe de réservistes italiens, sera ramassée par l’encadrement à 5h du matin, après près de 12 heures d’une marche difficile dans la pinède. Que le premier qui soit tenté de se marrer fasse le parcours dans ces conditions avant d’oser rire…

 

Quelques heures d’un sommeil difficile et agité et, c’est non sans quelques lourdeurs et courbatures que nous enfilons à nouveau nos treillis poisseux de sueur et nos rangers, dont le cuir s’est durci en refroidissant. Mal réveillés et épuisés, nous nous présentons à 6h au point de rassemblement et un camion militaire nous amène au premier pôle d’activités de la journée. Pour mon équipe, il s’agit du pôle aquatique. On ne le sait pas bien encore mais cette épreuve sera épuisante, musculairement difficile, très humide (très !) et froide. L’eau du Lac de Cazaux est à 19 degrés exceptionnellement et ça reste supportable. Nous quittons nos rangers qui nous feraient couler à pic pour des baskets qui nous permettront de nager et nous embrayons immédiatement sur un parcours « mangrove », avec port d’une caisse de 20 kilos par équipe. Franchissement en barque, course dans une foret humide, franchissement à pied avec de l’eau aux genoux et franchissement d’une mare avec de l’eau aux épaules, cette première épreuve, à faire en moins de 6 mn, nous met déjà sur les rotules. securedownloadBien saisis de froid, nous sommes appelés pour un test de nœuds, la connaissance des nœuds étant capitale en situation de survie. Nous partons ensuite pour un parcours d’audace nautique en eau peu profonde ou il faut passer plusieurs obstacles avec une bouée à trainer et nous abordons ensuite l’épreuve reine, celle que l’on redouterais si on la connaissait, le parcours d’audace nautique en eau profonde qui se termine par un genre de chapeau chinois qui épuise les dernières ressources et me laisse personnellement presque tétanisé tant j’ai sollicité les muscles des bras et des avant-bras pour hisser mes 82 kilos (plus 10 kilos de treillis mouillé !) sur cette planche mouillée et lisse à l’aide d’un cordage avant d’aider Sabrina qui manque de retomber à l’eau et mes deux camarades qui se sont chargés en plus de la charge obligatoire, un pneu. Sabrina et moi étant les plus faibles physiquement, Damien et Guillaume décident de s’occuper des charges a porter ou a tirer, lorsque les 4 équipiers ne sont pas nécessaires. Ca nous permet de ne pas perdre trop de temps et ça nous économise un peu, même si, comme lors du chapeau chinois, je les aide à chaque fois que je peux, ne serait-ce que pour les soulager quelques secondes. Mais leur puissance et leur vigueur m’épate et m’impressionne. Damien est d’un gabarit légèrement supérieur au mien mais Guillaume doit peser 20 kilos de moins de moi et il déploie une énergie incroyable ! A ma décharge, j’ai en moyenne 10 ans de plus que mes trois compères et, on peut le constater dans d’autres équipes également, l’âge n’est pas notre allié dans ce type d’épreuves.

 

Malgré le froid, les douleurs musculaires et mes limites physiques, nous terminons très honorablement ce pôle aquatique et j’ai déjà une petite idée de notre classement final, si nous maintenons ce niveau d’engagement. De façon surprenante, alors que j’ai le sentiment d’être un véritable boulet, je ne suis vraisemblablement pas autant à la ramasse que je le crois. Aucune pénalité sur l’épreuve la plus difficile du Raid et un temps très correct qui nous fait glaner un maximum de points. Après notre jolie performance de la marche, nous confirmons nos prétentions et je dis déjà à mes camarades que nous pouvons finir dans les 15 premiers, ce qui serait un classement tout à fait satisfaisant pour nous et pour la Base Aérienne de Cazaux. Après tout, aucun d’entre nous n’est fusilier commando ou commando de l’air et aucun d’entre nous n’est spécialiste de ce type d’activités d’ordinaire réservé, dans l’Armée de l’air, aux forces de protection et de sécurité.

 Sicut+Aquila+c 200

Parlant de commando, c’est précisément le thème du prochain pôle, appelé « Sicut Aquila ». Cette locution latine, qui signifie « Tel l’aigle » est la devise des fusilier commando et des commandos de l’air dans l’Armée de l’air, qui portent un insigne particulier ou figure cette devise. Calqué sur une épreuve spécifique aux commandos et qui porte ce nom, ce pôle est composé de plusieurs activités que peuvent  rencontrer les troupes d’élite dans leur cadre naturel. Nous commençons par le port, à quatre, d’une charge lourde sur un parcours accidenté, comme si nous devions, par exemple, porter un matériel important récupéré lors d’une opération. Nous passons ensuite à une série de franchissements de plans d’eau, le premier sur un radeau très instable de planches et de bidons ou il faut trouver un équilibre, le conserver et ramer de façon synchronisée et calme pour avancer sans nous déstabiliser. Notre performance, sur cette épreuve, sert d’ailleurs de modèle à des équipes qui arrivent derrière nous et copient notre organisation. Plusieurs tyroliennes viennent ensuite mettre à l’épreuve notre équilibre et nos bras. L’une d’entre elles m’arrache littéralement la peau des jambes et je tombe à l’eau, sans lâcher pour autant. Comprenant que l’on n’a pas de pénalités pour être tombé à l’eau et que le seul but de l’exercice est d’arriver sur la rive opposée, je termine aussi vite que je peux, à la force des bras et mon camarade derrière moi, se jette à l’eau et fait toute la traversée comme moi, ce qui nous fait gagner un temps précieux. Nous passons ensuite à un exercice de cohésion ou nous devons nous entraider pour sortir d’une mare, ou l’on s’enfonce jusqu’au aisselles en passant par-dessus un plan légèrement incliné qui s’élève à deux mètres au-dessus de l’eau. Le courageux Damien s’installe sous le plan incliné et nous sert à tous d’échelle vivante, hurlant de douleur lorsque mes presque 100 kilos (82 kilos + treillis mouillé + rangers gorgées d’eau) enfoncent les crampons de mes rangers dans ses épaules. Guillaume et Sabrina, passés les premiers, m’aident à me hisser et me jettent par-dessus pour attraper les mains du pauvre Damien et je me joins à l’effort final pour le hisser et réussir l’épreuve en moins de 6 minutes. Un parcours du combattant ne saura se terminer sans une épreuve de ramper sous un grillage tendu et c’est avec des cris de hargne de féroces guerriers que nous terminons notre parcours en mangeant littéralement du sable et de la poussière qui se collent à nos treillis mouillés et nous alourdissent.

 

A chaque épreuve, comme chef d’équipe, je signe la feuille de résultat qui atteste de nos performances et je ne peux m’empêcher de jeter un œil sur celles de nos concurrents. S’il y a indéniablement meilleur que nous, nous sommes cependant à chaque fois dans le groupe de tête et je termine ce deuxième pôle en confirmant à mes équipiers que nous nous en sortons bien. Certes, seules une dizaine d’équipe sur les 55 fait les mêmes pôles que nous, les autres ayant débuté par d’autres pôles mais je réalise rapidement qu’il valait mieux commencer la journée par les eux pôles les plus exigeants physiquement, à savoir l’aquatique et le Sicut Aquila. Ayant fait ces deux pôles au petit matin, juste après le repos de la marche, nous étions les plus frais qui soient tandis que les équipes qui viendront après nous auront déjà brûlé une énergie importante sur les autres pôles, seront écrasés par une journée de chaleur et commenceront vraiment à ressentir les effets pernicieux de l’effort de la veille et du manque de repos. D’autant que, en bons soldats en pleine action, notre seule nourriture consistante est celle d’une ration de combat chacun, distribuée la veille et qui doit nous suffire pour 24 heures. La forêt des Landes interdisant l’allumage d’un feu, tous ont mangé froid, s’ils ont pu manger. Etrangement, l’effort physique intense que nous vivons ne nous invite pas à la pitance et c’est sans appétit que je me suis forcé, au retour de la marche, à avaler un porc aux légumes froid et une pâte de fruit. Durant la journée, nous nous nourrissons surtout de barres vitaminées et d’eau, beaucoup d’eau. Parfois, et le geste nous touche, nos camarades de la base de Cazaux qui veillent à la bonne marche du Raid nous tendent, là un croissant, là un bout de sandwich qui font tout de même bien plaisir. Mais il est indéniable que nous puisons lourdement dans nos réserves et, à l’issue du Raid, la balance le confirmera, me faisant passer de 82 kg au départ à 79 kg à l’arrivée.

 

A l’arrivée au troisième pôle, le pôle Combat-Survie, nous avons le sentiment d’avoir fait le plus dur et de n’avoir pas trop mal réussi. Un petit relâchement qui nous coûtera quelques points sur ce pôle ou nous aurions pu briller davantage mais, comme je le dis à mon équipe, nous ne pouvons pas être bons partout et les deux pôles qui restent nous promettent également de bons scores. Le pôle Combat-Survie ou nous arrivons, est très intéressant. Passé les épreuves brutes, nous abordons un peu de la finesse et de la réflexion qui est nécessaire à tout soldat moderne. L’épreuve commence pour nous par deux questionnaires, l’un sur l’OTAN et l’autre sur l’ONU, les deux cadres habituels des opérations militaires françaises depuis plus de 30 ans. Autant j’étais limité sur les épreuves physiques, autant ce genre d’épreuve me permet de faire parler la poudre et nous faisons un bon score même si nous tombons dans quelques pièges faciles. rpg7a6dmug71.jpgEnsuite, nous nous dirigeons vers le stand NEDEX ou les démineurs nous attendent. Il s’agit en premier lieu de reconnaître et de définir un certain nombre d’engins explosifs, mines, sous-munitions, obus ou roquettes que l’on peut trouver sur un théâtre d’opération. Nous avançons ensuite sur un pan de chemin, piégé par les démineurs et ou nous devons repérer les engins qui polluent souvent une zone de combat. Bien qu’imparfait, notre performance est très bonne et nous restons même bavarder plusieurs minutes avec l’équipe des démineurs, très sympathiques et passionnés par leur métier. Ces gens-là, depuis l’invention des mines anti-personnelles durant la Guerre de Sécession américaine, ont un travail faramineux sur les théâtres d’opérations modernes pour essayer de dépolluer des zones gigantesques infestées d’engins de toutes sortes, souvent artisanaux et improvisés, comme en Bosnie, au Liban et en Afghanistan et qui font des ravages surtout dans les populations locales, ou l’on peut voir des enfants jouer au foot avec des grenades non explosées trouvées par là. Nous allons ensuite montrer notre habileté à lancer ce genre d’engin, avec un lance-grenade tout d’abord puis sur un parcours avec des grenades à main, avec un résultat assez médiocre d’ailleurs. Tout comme aux épreuves suivantes, de communication radio ou le poste radio est plus vieux que nous et nous fait perdre un temps précieux, ou aux stands de tir à l’arc et de sarbacane, essentiel pour un soldat en situation de survie prolongée et qui doit se nourrir !

 

Mais cette petite contre-performance est vite oubliée lorsque nous abordons le pôle Tactique. Ce pôle sert à vérifier notre attitude les armes à la main et le moins que l’on puisse dire, c’est que nous ne sommes pas manchots dans ce domaine ! AA52Le montage-démontage du FAMAS, des PA MAS G1 et MAC 50 et de la mitrailleuse AA52 ne nous pose aucun problème et notre score s’établit à deux petits points du maximum. La performance quasi-parfaite ! Le tir à plomb, qui atteste de notre maîtrise des bases du tir de précision est presque aussi bon, du moins sur le tir à la carabine alors que nous échouons davantage au pistolet. Le tir aux armes de guerre ne se fait que par trois et je laisse mes trois sergents s’en charger. Le tir à balles réelles est toujours quelque chose d’attrayant pour un soldat et je veux récompenser mes sergents en leur laissant ce plaisir dont ils se tirent, là encore, avec les honneurs. Exercice difficile même s’il est intéressant, il faut commencer par un tir au FAMAS sur une cible qui représente une prise d’otages et, au signal du directeur de tir, il faut lancer le FAMAS en bandoulière sur le flanc pour saisir le pistolet fixé sur la cuisse et enchainer rapidement. Cet exercice est capital dans la mesure ou, au combat ou en situation tendue, on n’a pas toujours le temps de réapprovisionner son arme et ou il faut donc passer rapidement à l’armement secondaire. L’exercice suivant est une mise en situation ou, équipés de FAMAS Airsoft (qui expédient d’inoffensives petites billes de plastique), nous devons progresser en zone hostile, récupérer un blessé et évacuer la zone. Nous nous déployons en carré, Guillaume et moi en avant, Sabrina et Damien en arrière-garde. Nous repérons un premier piège et l’évitons mais dans ma concentration à repérer l’ennemi, je n’entends pas l’avertissement de Guillaume qui repère un second piège et je « saute » virtuellement sur un engin explosif qui nous fait perdre des points. L’embuscade nous tombe dessus brutalement et sans avoir eu le temps de bouger, je prends une balle de paintball (une bille de peinture qui éclate à l’impact) à l’épaule sur mon gilet tactique. Nous nous jetons dans les fourrés mais les billes pleuvent et j’en prends une deuxième à l’avant-bras avant que l’embuscade ne cesse. Nous reprenons notre progression et nous trouvons le corps inerte d’un blessé que Guillaume et moi empoignons sous les aisselles et que nous commençons à trainer. Une deuxième embuscade éclate et nous avons l’éclair de génie de nous mettre à courir au lieu de nous aplatir pour riposter ! Su33 readyDamien et Sabrina subissent quelques tirs mais ripostent en courant et nous sortons de la zone de danger en bon état comparé à la majorité des équipes qui se sont couchées pour riposter et sont donc restées plus longtemps sous le feu adverse ! Nous terminons ce pôle par un test de reconnaissance d’avions, sous la houlette des artilleurs du 17ème Régiment d’Artillerie de Biscarosse, venus en voisins et qui pratiquent cet exercice pour l’artillerie anti-aérienne. Le test de 20 photos ne me pose que deux problèmes qui me laissent d’ailleurs amers : je reconnais un Sukhoi 33 russe, la version navale du Sukhoi 27 mais le questionnaire informatique est inexact et ne propose que « Sukhoi 27 » et le minuteur tourne pendant que je conteste !

 

Lorsque nous quittons le pôle Tactique pour le pôle Aviation, malheureusement, une ombre plane sur notre équipe. Le déroulement du Raid a pris du retard et je dois abandonner mon équipe pour les dernières épreuves, pour aller travailler en vacation nocturne dans l’hôtel qui m’emploie depuis 15 jours. Mis au courant par mon Commandant qui se démène pour moi d’une façon qui me laisse sans voix , la Direction de l’Exercice (Direx) nous autorise exceptionnellement à « doubler » certaines équipes sur les stands de façon à ce que je puisse faire parler mes compétences. Ce dernier pôle, en effet, était celui ou se dressaient les stands d’anglais et d’histoire aéronautique ou j’excelle. J’abandonnerais malheureusement mon équipe pour les tout derniers exercices mis au point par les pompiers et que je regrette fortement de manquer. Je bâche l’anglais et l’histoire, ne commettant qu’une petite erreur de concentration sur l’un et deux petites erreurs sur l’autre, récoltants d’excellents scores qui viennent confirmer nos prétentions. Mais je dois malheureusement quitter mon équipe et nous avons tous un petit pincement au cœur à ce moment. La Direx, comprenant ma situation, estime heureusement que c’est un cas de force majeure et qu’il ne s’agit pas d’un abandon de fatigue, de blessure ou de ras-le-bol et ne nous impute aucune pénalité.

 

Qu’est-il donc arrivé à mes trois admirables sergents ? Ont-ils été galvanisés par mon triste départ ? Ont-ils voulu finir avec panache? Ou tout simplement ont-ils en eux une incroyable force de caractère qui leur permet de se surpasser au moment le plus critique ? Toujours est-il qu’ils termineront le parcours pompier avec le deuxième meilleur temps de l’épreuve, après 24 h de marche, d’exercices physiques et d’implication éreintante. Lorsque je l’apprends par un SMS de Sabrina, mon esprit enfle d’un orgueil très peu chrétien tant je suis fier d’avoir concouru et combattu à leurs côtés durant tout ce Raid. Ils terminent sur les chapeaux de roue, sans s’être départis un instant de leur humour, d’un panache de gascon, d’une fière insolence d’aviateur et d’une résistance de soldat français digne de nos prédécesseurs à Camerone, à Verdun ou dans le ciel de France de Juin 1940.

 

J’apprendrais le lendemain notre résultat final . La Direx nous classe à la 13ème place sur 55 équipes et j’apprendrais plus tard que tout s'est joué à quelques dizaines de points points. Les scores sont très serrés et les points bêtement perdus au Combat-Survie sont ceux qui nous empêchent d'entrer dans le top 10, voire de chatouiller le podium mais qu’importe, après tout… Il me vient une tirade de Cyrano de Bergerac : «  On ne se bat pas dans l’espoir du succès. Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » Qu’importe notre classement, qu'importe les récompenses. Il ne s'agit pas, en fin de compte, d'une compétition sportive. Il s'agit bien d'un exercice militaire ou l'important n'est pas le classement mais bien notre niveau de maîtrise de nos compétences de soldat. Qu’il nous suffise d’avoir, selon la devise de l’Armée de l’air, fait face et d’avoir tout donné avec honneur et fidélité!

 

Mais alors que la douce chaleur du soir baigne le Bassin d’Arcachon et les Landes naissantes autour du Lac de Cazaux, je me prends à penser que, vu notre humour et ce qui nous restait d’énergie à la fin de l’exercice, peut-être au fond, en avons-nous gardé un peu sous la pédale et je pense à la maxime de Guynemer, parrain légendaire des aviateurs français qui disait « Tant qu’on n’a pas tout donné, on a rien donné ! »

 

Rendez-vous l’an prochain pour Air Raid 2012 à Cognac pour lui donner raison ?Raid

Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 00:25
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banane_france_2.jpg Ce soir, 17 mars 2011, quelques minutes après le vote d'une résolution autorisant le recours à la force contre les troupes de Kadhafi, comme le demandait la France pour venir en aide au souffle de liberté et de démocratie qui fait vibrer le monde arabe, je veux penser aux pilotes de chasse français qui, dans les heures et les jours qui viennent vont mener des missions longues, dangereuses, moralement éprouvantes et techniquement difficiles au-dessus d'un territoire hostile ou la principale menace sera l'anarchie des multiples moyens anti-aériens qui parsèmeront leur route.

 

Avant que tout ne commence, je veux penser à eux et à leurs familles et leur apporter d'ores et déjà, tout mon soutien sans faille et sans doute.

 

Volez, messieurs, vers votre gloire et votre destin. Vous êtes les ailes de la France et sur vos ailes, la Liberté!

 

Que l'étoile vous guide, que les ailes vous portent et que les lauriers de la gloire vous attendent!

 

Et à la chasse....

brevet-pilote-armee-de-l-air-.jpg

Vendredi 18 mars 2011 5 18 /03 /Mars /2011 00:38
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